DU COTE DE LA POLITIQUE

Débat sur le génie génétique : une vraie samba démocratique

Vous connaissez la samba ? En avant, en arrière, de côté, au milieu, et un, deux, trois, etc. Vous avancez, vous reculez, et finalement, vous ne savez plus très bien où vous vous trouvez ! La comparaison est certes audacieuse, mais cette samba me fait penser à l'actuel débat sur le génie génétique. En effet, en juin 1992, le peuple acceptait, à près de trois contre un, un nouvel article constitutionnel sur la procréation assistée et le génie génétique. Alors qu'en est-il aujourd'hui ? Pourquoi recommencer ? Tout simplement – et c'est le premier pas de la samba ! – parce que l'initiative interdisant le génie génétique sur laquelle nous devons nous prononcer au mois de juin prochain avait été lancée avant juin 1992! Un pas en avant, deux en arrière! Et les nombreuses explications que nous donnent initiants et opposants ne nous apportent que peu de lumière.

Le deuxième pas de samba est certes plus important. Avec les progrès de la science tels que nous les connaissons, fulgurants et prometteurs, et les revers de la démocratie tels que nous les vivons, lenteurs et lourdeurs du système, nous sommes face à deux rythmes qui semblent s'opposer. Si l'un est exponentiel, l'autre peine à suivre pour apporter les réponses immédiates aux problèmes soulevés par de telles évolutions de la science. Mais ces pas de danse, ces contretemps, si on les gommait d'un seul coup, qu'en serait-il?

Certes, le génie génétique peut faire peur et même inquiéter. Qui n'a jamais frémi en entendant des histoires de clonages, de manipulations douteuses dont nous ne cernons pas les limites?

Si sur ce point nous sommes tous d'accord, il ne faut pas céder à l'obscurantisme. Il faut savoir accepter l'évolution et donner aux chercheurs et à la science un cadre de travail qui ne soit pas rigide au point d'en interdire pratiquement l'exercice et le développement sur notre territoire.

Craindre les abus est légitime, mais accepter l'initiative du mois de juin prochain, c'est oublier que le peuple s'est déjà prononcé sur cette question et a déjà fait preuve de sagesse en mettant des bornes fort importantes en matière de génie génétique humain. Quand aux autres applications sur les animaux et les plantes, la base constitutionnelle actuelle est suffisante pour légiférer, donc pour mettre en place des garde-fous de manière plus souple et plus en phase avec l'évolution de la science.

Il faut oser le dire: une telle initiative fait planer un danger certain sur notre pays. Interdire purement et simplement le génie génétique, c'est tuer la recherche médicale de ce pays, l'obliger à s'expatrier et condamner les Suisses à ne pas bénéficier d'importants progrès médicaux. Qui plus est, c'est entraver notre redressement économique. Nous savons que notre développement économique intérieur dépend de l'implantation de nouvelles activités et de nouvelles entreprises. Les biotechnologies, un domaine en plein essor, constituent pour notre pays et notre canton en particulier une chance exceptionnelle qu'il serait stupide de rater.

Pensons aux centres d'excellence tels l'EPFI, le CHUV qui sont internationalement reconnus et représentent pour nous une source non négligeable de renouvellement et d'avenir économique. En interdisant le génie génétique, nous marquerions un autogoal exceptionnel. A l'heure où notre isolement économique et politique est bientôt réalité, il serait suicidaire d'inscrire dans notre Constitution notre isolement intellectuel et scientifique. C'est la santé des Suisses qui est en jeu : leur santé physique de par les importantes thérapies que nous pourrons développer grâce aux nouvelles méthodes de traitement génétique, mais aussi leur santé économique de par l'importante création d'emplois qui y est liée.

Refuser cette initiative, cela n'est pas céder à la folie scientifique ou à celle de l'apprenti sorcier, mais au contraire soutenir une voie de développement sanitaire et économique durable pour notre pays et ses habitants. C'est aussi refuser la samba démocratique pour choisir une vraie musique d'avenir.

Claude Ruey, conseiller d'Etat