OPINIONS SCIENTIFIQUES

Thérapie génique: réponses à vos questions

S'il est un domaine où les biotechnologies ne sont guère contestées, c'est bien celui de la recherche médicale. Afin de pouvoir vous expliquer ce qu'est la thérapie génique, nous avons rencontré le professeur Patrick Aebischer, médecin-chef de la Recherche chirurgicale et du Centre de thérapie génique au CHUV.

Les scientifiques nous assurent que des maladies dites incurables, comme la maladie d'Alzheimer, le sida, certains cancers, la mucoviscidose, le Parkinson, l'hémophilie, et bien d'autres encore, seront vaincues demain grâce à la thérapie génique. Mais cette thérapie n'est-elle qu'un moyen pour les chercheurs d'obtenir des fonds de recherche et de peaufiner leur curriculum vitae? S'il est vrai que les chercheurs sont restés trop longtemps enfermés dans leur tour d'ivoire et sont souvent mal vus du public. c'est en partie de leur faute, car ils ont passé trop peu de temps à expliquer ce qu'ils faisaient et à montrer l'utilité de leurs travaux.

Il n'en reste pas moins que le génie génétique donne d'immenses espoirs en médecine. Tout concorde d'ailleurs pour que ces promesses ne soient pas vaines: la science est faite pour progresser et rien ne peut l'arrêter, les firmes pharmaceutiques qui ont des moyens, mettent sur le marché de nouveaux médicaments et les consommateurs qui deviennent toujours plus exigeants devant la maladie, acceptent mal la fatalité de l'handicap ou du décès.

Mais qu'est-ce exactement que la thérapie génique? Le principe de base est simple: nos gènes, un peu plus de 1.000.000, sont des molécules d'ADN (acide désoxyribonucléique) et se trouvent dans chacune des cellules de notre corps. Il peut arriver que, suite à une mutation, un de ces gènes devienne défectueux et provoque une maladie telle que par exemple la mucoviscidose, le Parkinson, ou certains cancers. Pour obtenir la guérison, il faudra alors réintroduire une version saine du gène responsable. Pour arriver à ces résultats qui semblent simples, de nombreuses expériences sont encore nécessaires. En particulier, il faut isolerl le gène, en comprendre la fonction, avant de procéder à des essais théraputiques. Mais des essais sur un être humain étant impossibles et irresponsables, les chercheurs ont eu l'idée d'utiliser des souris ou des rats comme modèles en leur introduisanr le gène défectueux responsable de la maladie en question. Ces animaux que nous appelons " transgéniques " vont alors typiquement présenter les mêmes symptômes que les patients souffrant de cette maladie.

Au vu de l'augmentation des coûts de la médecine, cette thérapie fera-t-elle encore grimper la facture " santé "? Non. C'est plutôt le contraire. Cette thérapie future coûtera certainement cher, mais elle restera cependant moins coûteuse qu'un traitement pénible avec souvent des opérations, des hospitalisations, et qui n'apporte pas forcément la guérison. La thérapie génique, en introduisant le gène sain, soit par injection, soit à l'aide d'une transplantation cellulaire, vise à la guérison.

L'exemple du diabète est à ce point de vue intéressant. Cette maladie qui est aussi une maladie de société (vieillissement de la population, augmentation de l'obésité), représente actuellement avec ses conséquences 10 à 15% des coûts totaux de la santé. La thérapie génique, en visant à guérir ces malades, devrait supprimer de longs traitements, d'où l'économie.

La maladie d'Alzheimer, autre exemple typique du vieillissement de notre population, est un fléau économique et apporte en plus beaucoup de souffrances psychiques et physiques au sein de nombreuses familles. Si la thérapie génique arrive un jour à traiter de façon efficace cette affection, elle aura des conséquences économiques favorables.

Qu'en est-il des vaccins? Les vaccins sont aussi une façon de faire diminuer les coûts de la santé et d'apporter une bonne santé à une population. Des vaccins basés sur le génie génétique pourraient aider à lutter contre certaines formes de cancer.

Nous l'avons vu, cette thérapie attaque donc le mal à la racine, mais pour y arriver on doit intervenir sur les gènes, sources de nombreux fantasmes. Y a-t-il des garde-fous pour se prémunir de certains docteurs Jekyll? En effet, le peuple a voté en 1992 un article constitutionnel où il est précisé l'interdiction d'intervenir sur les cellules germinales humaines (ovules et spermatozoïdes) qui induiraient des modifications héréditaires. Ainsi on traite la personne et non sa descendance.

L'initiative, dite " pour la protection du génétique ", sur laquelle nous devrons nous prononcer en juin, apportera-t-elle d'autres barrages à vos recherches? Cette initiative serait une catastrophe pour la recherche en Suisse. En effet, à l'article 1 a, il est écrit:  " Sont interdits la production, l'acquisition et la remise d'animaux génétiquement modifiés ". La recherche actuelle qui, on l'a vu, utilise de tels animaux pour des essais ou pour la production de certains médicaments, serait arrêtée. On verrait la fermeture de nombreux laboratoires, la suppression de places de travail et pire encore, l'arrêt d'une formation scientifique qui a fait la réputation de notre pays. Ce serait la perte de tout un savoir que nous avons, ainsi que nos prédécesseurs, mis des dizaines d'années à créer.

Pourtant, certains scientifiques affirment que cette initiative ne vise ni la recherche, ni les expériences médicales. En effet, la recherche traditionnelle qui n'utilise pas d'organismes génétiquement modifiés n'est pas concernée. Mais ceux qui affirment que la recherche sur la thérapie génique ne sera pas arrêtée, sont soit des ignorants, soit des gens peu honnêtes qui veulent absolument que l'initiative en question soit acceptée et essayent ainsi de tranquilliser les hésitants.

Certes, nous pourrons probablement acheter ces médicaments et traiter nos malades, car la production de ces produits se fera dans d'autres pays, comme les Etats-Unis ou la France.

Mais n'est-ce pas de l'hypocrisie que de laisser les autres prendre les risques des essais et de n'en profiter qu'une fois que tout est au point? Oui. Une immense hypocrisie! De plus, je me demande si celui qui aura accepté l'initiative refusera un traitement une fois atteint par une de ces maladies pernicieuses, mais finalement fréquentes.

Ira-t-il jusqu'au bout de son idée et refusera-t-il tout nouveau traitement développé à partir d'animaux transgéniques? Je me demande aussi si nous avons le droit d'interdire aux autres ce que nous refusons à cause de nos propres convictions. Soyons plutôt tolérants, laissons le choix du traitement.

J'achète mieux, mars 1998 - Interview du Dr Patrick Aebischer

Un dialogue utile !

Le génie génétique? Vous voulez vraiment savoir de quoi il s'agit? Certains projets dont vous avez entendu parler vous inquiètent. Pour répondre aux questions du public, l'Institut lausannois du microbiologie organise des visites de groupe.

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