OPINIONS SCIENTIFIQUES

Manger transgénique: est-ce raisonnable?

Les consommateurs suisses craignent de mettre soja, maïs, tomates et autres produits génétiquement transformés dans leur assiette. Mais sont-ils bien informés? Un scientifique décrit les avantages et les risques que le génie génétique comporte, pour l'agriculture et pour notre alimentation.

Le professeur Jean-Pierre Métraux, directeur de l'Institut de biologie végétale de l'Université de Fribourg explique ce que le génie génétique change en agriculture et dans notre alimentation.

Comment ça marche

Tout organisme vivant est constitué de cellules. Leur noyau contient le plan de construction, nécessaire à la fabrication de l'animal ou de la plante: l'ADN (acide désoxyribonucléique) - comportant les milliers de gènes, qui composent le matériel héréditaire. Ces gènes produisent des protéines, matière première de tout être vivant, dont chacune a une fonction particulière. Chaque gène possède donc une information précise, par exemple la couleur de la fleur, la résistance à une maladie, etc. Le génie génétique permet de répertorier ces gènes, de les découper et de les transférer d'un organisme à l'autre.

En agriculture, on peut ainsi transférer une ou plusieurs propriétés intéressantes d'une plante (d'un champignon, d'un micro-organisme, d'un animal) à une autre. A l'inverse, on peut aussi désactiver des particularités indésirables, tel un gène responsable d'une allergie alimentaire. La plante ou l'organisme ainsi transformé est alors dit transgénique.

L'industrie alimentaire utilise aussi le génie génétique pour transformer des micro-organismes (bactéries, levures), en sorte qu'ils puissent produire des additifs alimentaires, tels des édulcorants, des arômes, des vitamines, des enzymes, etc. Ces substances ne sont pas transgéniques, mais elles ont été obtenues par génie génétique. Ce procédé permet de produire sans recourir à des procédés chimiques.

Objectifs

" En agriculture, le génie génétique est le prolongement des méthodes traditionnelles de sélection par le croisement de plantes, explique Jean-Pierre Métraux. L'objectif est le même: améliorer le rendement et la résistance des plantes. Par génie génétique, on arrive donc à la même transformation qu'avec les croisements. Sauf que l'on a réalisé un transfert ciblé d'une propriété précise d'un organisme sur un autre, alors que le résultat des hybridations est le fruit du hasard. "

Avantages

Le génie génétique vise à:

  • améliorer la résistance des plantes aux maladies, insectes, sécheresse, gel, etc., et les rendre plus performantes sur des sols hostiles, arides, à haute teneur en sel, etc.
  • réduire l'utilisation de pesticides (insecticides, herbicides et fongicides) aujourd'hui indispensables en agriculture.
  • améliorer la qualité des plantes, leur apport nutritif (p. ex. en vitamines), leur durée de conservation, leur solidité, etc.
  • économiser du temps et de l'énergie, p. ex. le travail et l'essence nécessaire à traiter plusieurs fois un champ avec un pesticide.
  • sans oublier que tout cela va, bien sûr, faire gagner passablement d'argent à l'industrie agro-alimentaire.

Et le goût et la variété?

" Le génie génétique n'altère pas le goût des aliments, mais pourrait au contraire l'améliorer, répond Jean-Pierre Métraux. Cette technologie ne va pas non plus uniformiser le goût: les compagnies grainières ne peuvent pas vendre la même graine dans le monde. Chaque région a besoin de semences adaptées à ses conditions particulières - climat, qualité du sol, insectes, etc. Il faut ainsi une dizaine de sojas différents pour le territoire américain. L'assortiment existant va donc rester, mais avec des propriétés supplémentaires. "

Est-ce naturel?

" Nous consommons tous les jours des aliments qui ne sont plus à leur état originel, mais issus de croisements réalisés dans la nature elle-même et aussi par l'homme, argumente le scientifique. Sans parler des additifs alimentaires chimiques. L'agriculture traditionnelle utilise des pesticides et même les produits " bio " doivent être traités, notamment avec du cuivre et du soufre. Snon, fruits et légumes développeraient davantage de maladies, produisant des toxines pouvant être cancérigènes. On pourrait donc dire, en quelque sorte, que le naturel n'est pas sain. "

Ne pas confondre

*..Le clonage. " Par clonage, on recrée un individu ou un organisme strictement identique à un autre, précise Jean-Pierre Métraux. On le fait en transférant en bloc un noyau d'un organisme dans la cellule d'un autre organisme dont on a ôté le noyau d'origine. Contrairement au génie génétique, on transfère donc toute l'information génétique et pas seulement une ou plusieurs séquences du matériel héréditaire. " Autre sorte de clonage plus traditionnel: le bouturage des plantes.

*..La vache folle. " La maladie de la vache folle n'a rien à voir avec le génie génétique. Comme la tremblante du mouton, elle était connue bien avant l'apparition des biotechnologies au début des années 70, explique le scientifique. Mais on ignorait qu'elle pouvait se transmettre entre espèces, notamment via les farines animales. " Le génie génétique devrait permettre de mieux connaître cette maladie pour trouver un remède.

Bon à Savoir, 18.2.1998 - Ellen Weigand