OPINIONS SCIENTIFIQUES
Prof. Jean-Dominique Vassalli, Département de morphologie, Centre Médical Universitaire, Genève
Pour comprendre les relations entre une anomalie génétique et les symptômes d'une maladie,
pour découvrir de nouveaux traitements, pour en évaluer l'efficacité et la sécurité,
les souris transgéniques représentent un des progrès les plus importants dans la recherche
médicale. C'est pourquoi, dans pratiquement tous les Départements de la Faculté de médecine
de Genève, des médecins et des biologistes emploient des souris transgéniques dans le cadre
de leurs travaux. Aujourd'hui déjà, près de 30 groupes de recherche de la Faculté,
soit plus de 150 investigateurs, dépendent de l'accès à des souris transgéniques pour
contribuer à résoudre des problèmes liés à des maladies humaines. L'acceptation
de l'initiative entraînerait l'arrêt immédiat de ces recherches.
Pour la Faculté de médecine, le choix serait le suivant: mettre un terme à des travaux
prometteurs, dans les domaines du diabète, du cancer, de l'hypertension, de la trisomie 21, des maladies
auto-immunes, de l'obésité, de la mucoviscidose, de la maladie d'Alzheimer, et trahir à la
fois les espoirs des malades et notre responsabilité éthique à leur égard; ou continuer
ces travaux, en collaboration avec des laboratoires étrangers qui se chargeraient des études nécessitant
des souris transgéniques, une solution hypocrite que la morale ne pourrait que condamner. Les conséquences
de l'initiative sur la recherche médicale sont très graves.
Son acceptation placerait la médecine suisse devant des alternatives qui ne sont ni éthiquement,
ni moralement acceptables.
"L'interdiction des souris transgéniques entraînerait l'arrêt immédiat de dizaines
de projets de recherche médicale dans la seule Faculté de médecine de Genève. Que faire?
Mettre un terme à des travaux prometteurs, et trahir les espoirs des malades; ou continuer ces travaux en
collaboration avec des laboratoires étrangers, une solution hypocrite? Ni l'une ni l'autre de ces alternatives
n'est éthiquement ou moralement acceptable. L'initiative, qui place la recherche médicale devant
de tels choix, et qui désarme la médecine et les patients suisses face à des maladies parmi
les plus débilitantes, doit être rejetée."
|