OPINIONS POLITIQUES
Génie génétique et éthique
" L'initiative pour la protection génétique ne résout pas les problèmes
actuellement urgents, mais au contraire risque de bloquer des améliorations. En outre, elle n'apporte pas
de contribution efficace à l'élaboration d'un génie génétique utile à
l'homme et à l'environnement. Elle ne répond pas suffisamment aux exigences de la responsabilité
éthique ".
Ce jugement résume l'avis de la Commission Justice et Paix de la Conférence des évêques
suisses. Il est d'autant plus intéressant que les membres de cette commission s'inspirent d'une éthique
de la responsabilité.
A une initiative fondée sur l'interdiction (interdiction des animaux transgéniques, interdiction
absolue de dissémination de plantes, par exemple), les Chambres fédérales ont préféré,
par la motion " Gen-Lex ", demander impérativement au Conseil fédéral
de présenter des modifications de toutes les lois concernées par le génie génétique,
afin de combler les lacunes et de garantir un meilleur contrôle.
Sont concernés, entre autres, la protection des travailleurs, le droit sur les denrées alimentaires,
la protection de l'environnement et celle des animaux, le droit sur les médicaments...
Cette révision du droit est accompagnée de la création d'une commission d'éthique.
Une attitude responsable
Justice et Paix demande qu'on ajoute une attention encore plus grande au génie génétique
dans sa relation avec la politique de développement et que l'on institue une recherche étatique sur
l'évaluation du risque. Elle souhaite aussi une autre approche que le brevet pour la protection de la propriété
intellectuelle. Cela est envisageable.
On le constate, la démarche éthique ne débouche pas sur une condamnation du génie
génétique, qui ouvre d'immenses possibilités pour la solution de problèmes de santé
et de faim dans le monde. L'éthique pose à juste titre des limites dictées par la dignité
de la créature, par la sauvegarde de la biodiversité... C'est là une attitude responsable.
Par contre, l'initiative est irresponsable. En effet, si le peuple et les cantons suisses acceptaient l'initiative,
les interdictions qu'elle préconise seraient catastrophiques pour la recherche et l'économie de notre
pays, mais elles seraient sans effet sur le génie génétique hors de nos frontières.
Nous serions dès lors privés des espoirs et des avantages qui sont grands, en particulier dans le
domaine médical, mais nous serions totalement exposés à des risques dont nous laisserions
le contrôle et la prévention aux autres.
Génie génétique et éthique vont de pair. Tirons-en les meilleures conséquences!
Comme l'a très bien dit le professeur Rolf Kinkernagel, prix Nobel, " l'initiative pour la protection
génétique ne protège pas, elle interdit. "
Ce n'est pas en tuant l'espoir des malades que les biens-portants se protègent; et ce n'est pas non plus
en se coupant du reste du monde que la Suisse évitera les risques.
L'Express et l'Impartial, 7.2.1998 - Rémy Scheurer, conseiller national libéral neuchâtelois
* Pour se procurer la brochure " Génie génétique et éthique ",
s'adresser à Justice et Paix, CP 6872, 3001 Berne. Tél. 031/381 59 55, fax 031/381 83 49
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