COMMENTAIRES
Margrit Krüger, présidente du Konsumentinnenforum Schweiz
Denrées alimentaires et génie génétique: l'optique du consommateur
Tandis que les médicaments produits par génie génétique sont acceptés par
une majorité de consommateurs, les aliments transgéniques, eux, désécurisent la population
et suscitent des craintes. Malheureusement, on ignore souvent que le recours au génie génétique
est déjà réglé dans le droit suisse des denrées alimentaires et que la liberté
de choix est d'ores et déjà un droit fondamental garanti au consommateur. On oublie aussi qu'une
technique n'est ni bonne, ni mauvaise en soi, et que c'est l'usage qui décide si elle sera un bienfait ou
une malédiction pour l'humanité.
Le Konsummentinnenforum Schweiz se préoccupe déjà depuis plus de dix ans de la question
des aliments et du génie génétique. En automne 1993, notre Comité a consigné
sa position dans un document de principe. Les gros titres qui sèment la confusion se multiplient. Face à
cette situation, nous avons le souci d'objectiver le débat et de répondre aux craintes par des informations
aussi nuancées que possible.
La loi suisse sur les denrées alimentaires (Ldal) est l'une des plus rigoureuses du monde!
Le Konsummentinnenforum Schweiz a participé activement à l'élaboration du nouveau droit
des denrées alimentaires et au processus législatif qui s'est étendu sur plusieurs années.
Il s'est efforcé d'y faire intégrer les souhaits des consommateurs. Le résultat est là:
le droit suisse des denrées alimentaires est l'un des plus rigoureux du monde. Comparativement à
l'UE, il est plus favorable aux consommateurs en ce qui concerne le génie génétique.
L'autorisation et la déclaration obligatoires pour les aliments transgéniques tient largement
compte du besoin de sécurité et de transparence qu'éprouvent les consommateurs. Les aliments
ou les additifs alimentaires qui contiennent du matériel génétique dont il est prouvé
qu'il est génétiquement modifié doivent être déclarés sous l'appellation
OGM (organismes génétiquement modifiés). Ils sont les seuls à nécessiter
cette déclaration.
Les contrôles fonctionnent
Les organes de contrôle sont les laboratoires cantonaux qui, selon la Ldal, " peuvent prélever
des échantillons et consulter au besoin les bulletins de livraison, les recettes et les documents de contrôle ".
Les cas de Toblerone et de Yasoja ont montré que le contrôle fonctionne.
La " Commission fédérale pour la sécurité biologique " demandée
par le Konsummentinnenforum est déjà constituée.
La liberté de choix: un droit fondamental
En économie sociale de marché, telle que l'a définie son père fondateur, Ludwig
Erhard, la liberté de choix est un droit fondamental des consommateurs. Des années plus tard, le
Président américain John F. Kennedy a proclamé le " droit de choisir "
comme l'un des piliers des droits internationaux des consommateurs.
Mais ce droit est lié à un devoir de co-responsabilité. Au cours de nombreux entretiens
avec l'industrie, le commerce et les autorités, nous avons réussi à faire comprendre le besoin
de transparence, d'information et de sécurité et notamment à susciter l'adhésion
à la désignation comme tels des aliments transgéniques. La liberté de choix, c'est
aussi permettre aux consommateurs qui le souhaitent de pouvoir acheter des produits OGM.
Dans une conception selon laquelle les consommateurs peuvent exercer leurs responsabilités et participer
au marché, leur liberté de choix implique nécessairement une possibilité de choix.
Non seulement les produits doivent être désignés pour ce qu'ils sont, mais la livraison séparée
de matières premières conventionnelles et transgéniques doit être garantie.
Utile pour les consommateurs
Il ressort du dialogue engagé avec les consommateurs qu'ils mettent leur confiance ou leur espoir dans
les médicaments produits par génie génétique, car chacun peut être confronté
un jour ou l'autre à des questions de vie ou de mort. Dans le domaines des denrées alimentaires en
revanche, c'est la méfiance qui règne, car dans notre société de surabondance, le consommateur
individuel ne voit aucun avantage direct aux aliments transgéniques.
Dans les pays industrialisés occidentaux, les aliments transgéniques n'apportent aucun avantage
direct aux consommateurs.
Il y a néanmoins des avantages indirects:
- les plantes génétiquement modifiées, par exemple le soja ou le maïs, nécessitent
moins de pulvérisations et portent donc moins atteinte à l'environnement; et
- les processus de transformation, par exemple la fabrication d'enzymes, de vitamines et autres absorbent moins
d'énergie, d'eau et de matières premières que les processus traditionnels
L'initiative n'a pas de lien avec les denrées alimentaires
L'initiative " pour la protection génétique " n'a pratiquement rien à
voir avec les denrées alimentaires. Néanmoins, on fait croire à la population qu'en votant
oui à l'initiative, elle pourrait éviter d'avoir des aliments OGM. C'est induire les consommateurs
en erreur.
Seule l'agriculture serait concernée par l'interdiction de disséminer. Cela signifie
que les paysans suisses n'auraient pas la liberté de choix, comme leurs collègues des pays
voisins, de produire des semences OGM.
L'initiative n'a pratiquement pas d'influence sur le secteur des denrées alimentaires.
Ne sont absolument pas concernés par l'initiative:
- les additifs alimentaires produits par génie génétique et les auxiliaires technologiques
qui ne contiennent pas d'organismes vivants, par exemple l'huile de soja, les vitamines, la lécithine, les
enzymes, etc.
- les aliments transformés qui ne contiennent plus d'organismes susceptibles de se reproduire, par exemple
la purée de tomates, le ketchup, les conserves de légumes, les produits laitiers, la farine de maïs
ou de soja, etc.
Même si l'initiative était acceptée, ces produits pourraient être fabriqués
ou importés en Suisse, moyennant une autorisation des offices fédéraux compétents.
Est sujette à controverse la question de savoir si en cas d'interprétation généreuse
de l'initiative, l'importation de plantes génétiquement modifiées contenant des éléments
de reproduction (par exemple noyaux ou semences) et donc susceptibles de se reproduire tomberait sous le coup de
l'interdiction de disséminer. S'il en était ainsi, le soja ou le maïs OGM devrait être
transformé à l'étranger, puis importé en Suisse. En d'autres termes: une grande partie
de la valeur créée par la transformation de ces denrées alimentaires resterait à l'étranger.
L'expérience montre que le comportement des consommateurs dans la vie quotidienne diffère beaucoup
des réponses qu'ils donnent lors d'enquêtes ou de celles qu'ils déposent dans l'urne le dimanche.
Sinon, on n'enregistrerait pas chaque année pour 1,5 milliard de francs environ d'achats de produits agricoles
à l'étranger.
Il serait malgré tout faux et trompeur de s'imaginer que tout n'est que question de temps et qu'il faut
laisser les consommateurs s'habituer aux produits OGM. La seule manière d'exploiter les chances que nous
offre le génie génétiques et d'en éviter les risques, c'est que nous nous comportions
les uns envers les autres dans un esprit d'ouverture et de respect réciproque.
(Extrait d'exposé devant l'Assemblée des délégués Parti radical suisse, Zurich,
24.1.1998) |