Le génie génétique ouvre ses portes en grand pour le public

Les sixièmes "Journées gènes" ont débuté sous le signe de la rencontre entre chercheurs et public. Un coup d’œil au labo, ça vous intéresse ?

La recherche est toujours une incursion dans des territoires inconnus, une remise en question de dogmes et de tabous. Elle suscite autant la joie et la fascination devant la découverte que la tension voire l'angoisse devant l'incertitude. C'est par ces mots que Heidi Diggelmann, présidente du Conseil du Fonds national suisse de la recherche scientifque, a lancé hier à Berne les 6es Journées de la recherche en génie génétique. Celles-ci se traduiront par plus de trente manifestations dans toute la Suisse, du 7 mai au 11 juin.

L'accent sera mis cette année sur la découverte directe de la vie quotidienne dans les laboratoires. En effet, des dizaines de chercheurs de 18 instituts universitaires et de sociétés spin-off suisses alémaniques et romandes se consacreront entièrement à leurs visiteurs durant une journée. Une belle occasion pour le public d'assister aux expériences, d'apprendre à connaître le sens des recherches menées.

Une souris "humanisée"

A Bellinzone, par exemple, l'équipe de Markus Manz, à l'Institut de recherche biomédicale, est parvenue à transférer chez des souris le système immunitaire de l'être humain. Pour la première fois, des réponses immunitaires humaines fonctionnelles ont ainsi été générées chez un animal. Un tel résultat avait été visé en vain pendant 15 ans.

"Ce modèle animal ouvre un nouveau champ d'étude pour prévenir ou traiter les maladies humaines", résume Markus Manz. Dit autrement, ces souris transgéniques enrichies de facteurs humains permettent de multiplier des expériences qu'il serait sans cela bien plus compliqué sinon impossible à organiser avec des êtres humains. Le génie génétique est confronté a plusieurs défis: il doit trouver sa voie entre scepticisme et euphorie, recherche fondamentale et recherche appliquée, théorie et pratique, ont dit hier les participants à la conférence de presse inaugurale. La professeure Heidi Diggelmann a souligné notamment la nécessité d'un dialogue permanent entre la science, la société et la politique. "C'est seulement si nous reconnaissons notre dépendance réciproque dans cette problématique que nous pourrons tous en tirer les bénéfices."

"La Suisse offre aux entreprises des conditions-cadres remarquables pour la mise en oeuvre de technologies innovantes comme le génie génétique", s'est réjoui pour sa part le Dr Johannes Kaufmann, CEO de l'Agence pour la promotion de l'innovation KTI/CTI. Mais pour éviter que nombre de bonnes idées ne se perdent en route, il faudrait trouver de nouveaux modèles de financement des processus biotechnologiques car ils sont souvent très coûteux et complexes.

Le paludisme contré ?

Le professeur Gerhard Pluschke, de l'Institut tropical suisse, a cité quant à lui la collaboration avec l'entreprise de biotechnologie Pevion Biotech dans le développement d'un vaccin entièrement nouveau contre le paludisme et actuellement au stade des études cliniques. Selon lui, les progrès de la recherche génétique permettent désormais de mener des recherches beaucoup plus systématiques en vue de développer de nouveaux médicaments et vaccins.  

ATS/GTI, La Liberté, mai 2004