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De l'espoir pour les victimes de lésions à la moelle épinière
RECHERCHE. L'Uni de Fribourg contribue au développement d'une thérapie permettant de reconstruire des tissus nerveux lésés. Des résultats ont été obtenus sur des singes, mais il reste encore du travail avant d'en faire bénéficier les paralytiques.
Professeur de physiologie à la Faculté des sciences de l'Université de Fribourg, Eric Rouiller participe avec son équipe, au pôle de recherche national ‘'plasticité et réparation du système nerveux'', de l'Université de Zurich. Les scientifiques tentent de mettre au point une thérapie révolutionnaire à base d'anticorps, qui permettrait de ‘'ressoude'' des nerfs sectionnés dans la moelle épinière (lire ci-dessous). Leurs premiers résultats ont été présentés cet automne lors de la rencontre annuelle de la Society of neuroscience américaine, à La Nouvelle-Orléans.
Les responsables zurichois ont contacté l'Uni de Fribourg, car on y fait de la recherche fondamentale sur le contrôle du mouvement et qu'on y dispose d'une longue pratique dans l'expérimentation sur les singes. Dans un premier temps, ce sont en effet quatre macaques qui ont joué les bêtatesteurs de la nouvelle thérapie. Après leur avoir fait répéter quelques tests de motricité, ils ont été blessés au niveau de la moelle épinière. Deux d'entre eux ont ensuite bénéficié du traitement aux anticorps, les deux autres servant de spécimens de contrôle.
Gestes moins précis
Sept semaines plus tard, seuls les deux macaques traités étaient en mesure de répéter les tests appris avant l'opération. Leurs gestes étaient toutefois moins rapides et précis qu'avant. Les singes n'ont en revanche montré aucun signe d'agressivité ou de douleur.
Eric Rouiller se garde d'être trop euphorique: ‘'Le chemin est encore long jusqu'à ce que l'on parvienne à faire remarcher des patients grâce à cette thérapie.''
En outre, il reste des doutes quant à son efficacité chez des individus dont les blessures remontent à plusieurs années ou qui ont subi une rupture totale de la moelle épinière.
Sur l'homme ? Trop tôt
Le chercheur ressent néanmoins une certaine pression, que ce soit de la part de Novartis, partenaire du projet -le géant de la chimie bâloise fournit les anticorps nécessaires aux expériences-, ou du côté des patients potentiels. Mais Eric Rouiller préconise de ne pas procéder trop tôt à l'application de la nouvelle thérapie sur l'homme. Avant cela, de nouveaux essais seront faits sur des singes -avec, cette fois, des tests de motricité plus complexes- afin d'étudier les éventuels effets secondaires.
Selon le professeur Rouiller, toute cette recherche a été rendue possible par un changement de dogme. Jusqu'il y a peu, en effet, on pensait que le cerveau n'évoluait plus chez l'individu adulte. En réalité, le système nerveux possède une certaine plasticité et donc une faculté d'adaptation. Ce savoir trouve son application dans le nouveau traitement aux anticorps développé à Zurich et Fribourg.
On a trouvé le coupable: c'est une protéine
En 1998 déjà, Martin Schwab, de l'Institut de recherche sur le cerveau à l'Université de Zurich, a prouvé que des fibres nerveuses sectionnés peuvent très bien se ressouder, pour autant qu'une substance située dans leur environnement immédiat ne les en empêche pas. II y a quatre ans, le professeur Schwab est parvenu à isoler ladite substance -une protéine- et l'a baptisée du doux nom de''Nogo''. Le chercheur et son équipe ont ensuite développé un anticorps qui désactive la protéine ‘'Nogo'', permettant ainsi la reconstruction des cellules nerveuses. Lors d'expériences menées sur des rats et des souris, Martin Schwab a démontré que cette thérapie à base d'anticorps relançait la croissance des fibres nerveuses. L'équipe d'Eric Rouiller teste à présent l'efficacité de cette méthode sur les singes.
Jean-Luc Brülhart et MRZ, La Liberté, 05.2004
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