La conséquence du génie génétique sur notre alimentation reste ignorée

Prudente, la commission d'éthique recommande d'intensifie la recherche, en particulier sur les risques écologiques, sociaux et économiques.

A lors que 815 millions de personnes dans le monde souffrent aujourd'hui de malnutrition et

que, selon la FAO, trente-huit pays dépendaient de l'aide alimentaire en 2003, le nombre de surfaces où l'on cultive des OGM augmente à une vitesse vertigineuse. En 2003, ceux-ci ont été semés sur plus de 65 millions d'hectares dans dix-huit pays faisant travailler au passage près de 7 millions d'agriculteurs.

C'est "une simplification réductrice"

Certains placent de grands espoirs dans les progrès du génie génétique pour lutter contre la faim dans le monde, d'autres mettent en garde contre les effets négatifs de la biotechnologie sur ce chapitre. Abordant, lors d'un débat public à Berne, tous les aspects éthiques de ces questions brûlantes, la Commission fédérale d'éthique pour la biotechnologie dans le domaine non humain (CENH) est arrivée, dans sa majorité, à la conclusion que les effets du génie génétique vert ne peuvent être estimés pour l'instant.

Organe chargé de conseiller le Conseil fédéra sur les aspects éthiques dans ces domaines si sensibles et cruciaux, elle a formulé les plus grandes réserves sur les solutions que pourrait apporter le génie génétique pour prétendre résoudre fa faim et la malnutrition. C'est percevoir le problème de façon abusivement réductrice, "une simplification de la réalité" aux yeux d'Urs Thurnherr, professeur de philosophie à Karlsruhe. La CENH précise tout de même que le recours à cette technologie peut aider de façon ponctuel à augmenter la production alimentaire dans le Sud. Mais le recours aux OGM ne contribuera pas à diminuer la pauvreté et la malnutrition, laquelle n'est en règle générale pas due à une insuffisance de l'offre, mais à un manque d'accès à la nourriture.

Placée devant l'impossibilité de mesurer les effets positifs du génie génétique sur la sécurité alimentaire, la CENH remarque que ce domaine doit tout de même être considéré comme une option possible et, par conséquent, faire objet d'une étude spécifique. Une minorité de la CENH considère que la contribution du génie génétique à la sécurité alimentaire peut même être évaluée négativement.

Pour le droit à la souveraineté alimentaire

Il faut donc intensifier et mieux coordonner la recherche publique, en particulier celle qui porte sur les risques écologiques, sociaux et économiques. "La souveraineté alimentaire doit être respectée, même si les possibilités de se procurer de la nourriture sont fortement réduites" souligne Béat Sitter-Liver, professeur de philosophie à l'Université de Fribourg, se livrant à un vibrant plaidoyer en faveur du droit à la souveraineté alimentaire. Tirant à boulets rouges contre les monopoles "injustifiés", le représentant de la CENH exige une participation des pays en développement à l'élaboration des réglementations sur le sujet.

Dans cet ordre d'idées, la CENH paraît extrêmement sensible à assurer la protection de la biodiversité. Une majorité craint que le recours au génie génétique ne contribue à son recul, favorisant l'installation de monocultures, donc une concentration accrue du marché des semences. A l'instar de la biologiste Florianne Koechlin, elle préconise l'interdiction de toute dissémination d'OGM dans les centres d'origine des plantes de culture et l'encouragement de tous les efforts allant dans le sens d'une libre circulation des ressources génétiques pour la culture et la recherche.

Une minorité estime ce sombre pronostic prématuré. Le Genevois Bernard Baertschi, maître d'enseignement au département de philosophie de l'Université de Genève, va même jusqu'à mettre en garde contre une excès de paternalisme de la part de la Commission: "On ne peut pas imposer la technologie et notre morale" nuance-t-il. Un avis qui illustre à tout le moins la (bio?) diversité des opinions observée au sein de la CENH.

Entreprise romande, Edgar Bloch, le 01.octobre.04