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9'000 gènes sont communs au ver de terre et à l'homme: c'est bien utile
L'utilisation d'animaux transgéniques a tendance à augmenter. Les malades et futurs malades l'accepteront-ils? Les résultats déjà obtenus devraient adoucir un certain nombre de craintes.
L'opinion, qui s'émeut vite des souffrances animales, avait remarqué la diminution des expérimentations: 75 % de moins en 20 ans! Cultures tissulaires/cellulaires et simulations par ordinateur étaient passées par là. Or la fondation Gen Suisse, organisatrice hier à Berne d'un séminaire sur la recherche en médecine, note que le nombre d'animaux transgéniques a par contre augmenté au cours de la dernière décennie dans les labos. La tendance s'est donc renversée.
Pourquoi? Tout simplement parce que les résultats obtenus avec les expériences in vitro doivent être confirmés dans un organisme vivant. Etant réalisées dans un milieu artificiel ou isolé, les expériences avec des cultures cellulaires ont une validité limitée. Et elles ne reproduisent surtout pas les processus multiples et complexes qui se déroulent entre les différents tissus et organes d'êtres vivants. A l'exemple de la fonction du foie qui a une grande influence sur tout un organisme.
L'homme a 9'000 gènes communs avec le ver de terre, ce qui permet quelques comparaisons. La production d'animaux transgéniques, elle, est possible depuis les années 80. Des souris sont ainsi modifiées en supprimant un gène bien défini dans toutes les cellules (knock-out). Ou en activant ce gène à un moment précis de leur développement. Ou encore en faisant en sorte qu'il ne soit présent que dans certains types de cellules.
Ces "modèles animaux" ont déjà démontré leur utilité dans la recherche en paraplégie. Il y a vingt ans encore, c'était quasiment un dogme: les chances de guérison sont nulles. Vraiment?
A l'Institut de recherche sur le cerveau (EPFZ) où enseigne le professeur Martin E. Schwab, un groupe travaille sur la régénération des fibres nerveuses après des lésions du système nerveux central (SNC: moelle épinière et cerveau). Il a cherché à savoir pourquoi les fibres sont aptes à se reconstituer dans le système nerveux périphérique (SNP), dans un muscle par exemple, mais pas dans le SNC.
A la fin des années 80, les chercheurs ont découvert dans le SNC la protéine Nogo empêchant la repousse de fibres. Après avoir démontré que Nogo inhibait la croissance des neurones en culture cellulaire, le groupe zurichois a ensuite développé un anticorps spécifique contre Nogo et permettant aux nerfs de repousser. A l'EPFZ, le passage de l'"in vitro" à l'"in vivo" s'est fait avec des rats adultes chez qui on a lésé partiellement la moelle épinière. "Il s'agit d'une microchirurgie" très précise, qui ne porte pas préjudice au bien-être de l'animal et qui utilise des anti-douleur comme en médecine humaine", précise Martin E. Schwab.
Après un certain temps de traitement de la zone lésée avec l'anticorps anti-Nogo, les animaux retrouvent l'essentiel des fonctions perdues (marche, nage, préhension). "Ceci dans un climat dépourvu de stress, sinon ça ne marche pas." L'analyse des tissus a même révélé une repousse des fibres nerveuses au-delà de la zone lésée.
A l'Université de Fribourg, un programme similaire est mené avec des singes. Les résultats déjà obtenus vont dans le même sens. Mais avant de pouvoir utiliser chez l'homme une substance active comme l'anticorps anti-Nogo, il faut s'assurer, avec le plus de fiabilité possible, qu'elle n'aura pas des effets secondaires imprévus. Donc, seule la poursuite de l'expérimentation animale permettra d'obtenir un maximum de sécurité à ce sujet.
Il reste que les modèles animaux transgéniques sont à l'origine de nombreuses découvertes, affirme Paul Hertling, directeur de la recherche chez Novartis. La surexpression d'un ou plusieurs gènes a permis de mieux comprendre les processus pathologiques de certaines cancers et de la maladie d'Alzheimer. Sa société utilise en ce moment 82 types différents d'animaux transgéniques. Des dizaines de médicaments en sont issus.
Le public, en attente de progrès médicaux, acceptera-t-il ce recours accru aux animaux transgéniques? Pour l'éthicien Alberto Bondolfi, il est moralement beaucoup plus défendable que les tentatives commerciales visant à offrir de la viande à meilleur prix.
Gérard Tinguely, La Liberté, 03.12.2003
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