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Les
femmes et les plus âgés sont assez sceptiques sur le génie génétique
Claude Longchamp vient de sortir une nouvelle enquête
sur le génie génétique. L'attitude envers la recherche médicale
est teintée d'espoir personnel. En agriculture, on n'attend rien
de bon.
Après une première il y a trois ans, l'institut de recherches
GfS a mené une nouvelle enquête approfondie sur l'attitude de la
population envers le génie génétique. Ceci à la demande d'Interpharma,
association des firmes pharmaceutiques. Claude Longchamp, directeur
de la division Politique et Etat à l'institut GfS, était responsable
de ce projet présenté vendredi à Berne.
La Suisse est-elle aussi fermée au génie génétique que, ça?
S'il n'y avait qu'une seule attitude envers le génie génétique,
le réflexe émotionnel serait clairement négatif. Mais l'élément
le plus intéressant de ce nouveau sondage, c'est que plus l'on devient
concret, plus les attitudes sont différenciées.
Qu'observe-t-on alors?
Il y a une distinction entre les aspects liés à la médecine,
qui pour une majorité sont connotés favorablement, et ceux concernant
l'agriculture, où la majorité est clairement négative. Ce sont les
deux pôles de la discussion actuelle.
Pourquoi l'aspect médical est plus positif?
D'abord, les représentants de la médecine, les médecins eux-mêmes,
sont acceptés comme communicateurs crédibles. Deuxième point, au
niveau des attentes envers le génie génétique, les Suisse pensent
que la probabilité de progrès est la plus grande dans le domaine
médical. Le patient espère en tirer un avantage personnel. Cet aspect
est très bien implanté dans l'attitude des Suisses. C'était déjà
l'un des arguments lors de la votation de 1998, et les attitudes
n'ont pas changé ici.
Pourtant votre étude montre une confiance dans l'industrie
chimique et pharmaceutique relativement faible...
Oui, même dans le domaine de la médecine, le peuple suisse reste
assez réticent envers la commercialisation. Mais s'il existe l'espoir
d'un progrès ou d'un avantage médical, et que les gens doutent,
cela donne un "mix" favorable à l'industrie.
Qu'en est-il de l'agribusiness?
Pour l'agriculture, c'est nettement pire. Dès le départ, il n'y
a pas d'attitude positive ou d'avantage accepté par l'opinion. Les
gens ne réagissent pas uniquement en fonction d'une sympathie vis-à-vis
d'une branche ou d'une industrie: en fin de compte, ils décident
en fonction de l'espoir de progrès et des avantages en découlant.
Les Suisses sont-ils cependant favorable à une interdiction
des OGM?
Deux éléments - peut-être contradictoires a priori - ressortent
très fortement de notre sondage. D'abord, seule une toute petite
minorité de quelque 20 % accepte la consommation de nourriture avec
le génie génétique. Cela pourrait donner à penser qu'il y a une
majorité favorable à une interdiction. Nous avons testé dans plusieurs
phases du sondage ce problème. Dans tous les domaines, y compris
l'agriculture, les Suisses préfèrent que les consommateurs aient
le libre choix. Seul un tiers de là population serait favorable
à une interdiction.
Qu'en est-il de l'attitude envers la recherche: les Suisses,
rejoignent-ils l'Union européenne ou les Etats-Unis?
Pour ce qui est de la consommation, les Suisses sont plutôt européens.
Pour la recherche, en revanche, l'attitude des Suisses, dans tous
les domaines, est très positive et plutôt libérale. On pourrait
la comparer à celle des Etats-Unis, mais je dirais plutôt que la
Suisse est un cas particulier en Europe. Nous savons que nous sommes
un petit pays, sans grandes ressources naturelles. Notre chance,
finalement, c'est la recherche et le marketing des produits issus
de cette recherche dans le monde entier. C'est pourquoi la recherche
est largement acceptée par la population, y compris dans le domaine
du génie génétique.
Combien pèse l'argumentation économique de création d'entreprises
et d'emplois en faveur du génie génétique?
Il y a quatre ans, cet argument ne valait encore rien du tout.
L'argument de l'emploi n'était soutenu, que minoritairement. Cela
a cependant changé ces deux à trois dernières années, certainement
en raison de la conjoncture. C'est une attitude plutôt pragmatique
qu'euphorique, qui reste ambiguë, bien que les gens perçoivent l'avantage
des emplois en Suisse pour la médecine et la recherche.
Avez-vous le sentiment que les Suisses soient suffisamment
informés sur le génie génétique?
En comparaison européenne, l'intérêt des Suisses pour le génie
génétique est supérieur. Le niveau d'information du citoyen moyen,
depuis le grand débat que nous avons eu en 1998, est certainement
favorable en comparaison avec l'Europe. En comparaison avec le sujet
lui-même, l'information reste cependant assez faible: les gens accordent
leur confiance aux organisations qui protègent les consommateurs,
les animaux ou la nature.
Quel trend observez-vous sur la durée?
Depuis 1996, lorsque nous avons commencé avec notre baromètre,
nous observons une tendance assez constante jusqu'à la votation
de 1998. Alors, l'acceptation du génie génétique a augmenté d'une
minorité à une majorité. Après la votation, il y a eu quasiment
une rupture. Beaucoup de changements d'attitude fiés à la campagne
contre l'initiative oint rechangé dans l'autre direction. Depuis
1999, nous avons finalement une assez grande stabilité pour la plupart
des sujets; sauf pour la nourriture et pour les plantes, où l'évolution
est négative.
Dans une campagne de votation, on peut donc obtenir une majorité
favorable ... ..
L'information et les campagnes à court terme sont en effet décisives.
Il y a beaucoup de sujets discutés et suscitant la controverse dans
un domaine comme celui-ci. Nous voyons d'ailleurs dans ce sondage,
comme nous l'avons vu en 1998, que toutes les propositions qui interdisent
le génie génétique ne sont acceptées que par une minorité. Il n'y
a pas de majorité en Suisse pour la réglementation ou l'interdiction
en ce qui concerne la recherche ou la médecine.
Y a-t-il des différences démographiques dans les attitudes?
Il y a d'abord une différence entre hommes et femmes. Ces dernières
sont plus sceptiques, alors que les hommes ont une attitude plus
positive. Il y a également des différences entre les groupes d'âge:
les personnes à la retraite sont beaucoup plus sceptiques que les
jeunes. Enfin, il y a des différences entre les régions linguistiques:
l'acceptation est plus vaste en Suisse romande qu'en Suisse alémanique,
où se conjuguent l'aspect écologiste dans les villes et la vision
traditionaliste de la nature dans les campagnes.
Quel est votre pronostic pour l'avenir?
Sur la base de nos observations, je pense que la distinction
entre le génie génétique dit "vert" et le génie génétique
médical va persister. Dans cette dernière industrie, je ne vois
pas de problème pour avancer en Suisse: les produits seront acceptés.
Le problème principal reste la nourriture, un dossier d'ailleurs
complètement bloqué au niveau de l'Union européenne depuis cinq
ans. La Suisse ne peut pas faire un pas de côté parce que son marché
est trop petit. Si l'UE changeait sa position vis-à-vis des Etats-Unis,
cependant, nous aurions en Suisse, une vaste discussion très controversée.
Pierre Bessard, La Liberté, 30.06.2003
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