Le clonage en dix questions

I. Un clone est-il un être humain?

Evidemment, la science-fiction nous a habitués à des choses étranges. Mais le clone d'aujourd'hui est bien un être de chair. Rien de robotique ni de bio-ionique là-dessous. En théorie et si son développement se passe normalement, le clone naît avec tout ce qui fait un être humain, cerveau compris bien entendu. Il s'agit donc d'un individu à part entière, à la différence qu'au lieu de d'être le produit du patrimoine génétique de deux individus, il est la réplique d'un seul individu. Autrement dit, il n'a qu'un parent génétique.

II. Un clone a-t-il un esprit, une âme?

C'est sans doute sur cette question que la confusion opère le plus. Si le clone est bien une copie génétique physique, de son parent, il cesse en revanche d'être une photocopie aux premières secondes de sa vie. Son histoire, son expérience seront immanquablement différentes. Peu importe l'influence de son éducation, le déterminisme n'existe pas dans le domaine psychologique. Quant à l'âme, concept plus théologique, la logique s'impose à la foi: le clone est un être à part entière, donc il a une âme.

III. Un clone, une copie parfaite?

Même si l'on exclut la psychologie, l'impossibilité d'obtenir un double en caractère, en émotions et en souvenirs, le clone n'est pas une copie parfaite. Certes, une fois adulte, il ressemblera incroyablement à son parent au même âge, avec peut-être quelques différences de corpulence. Néanmoins, la photocopie n'est pas aussi précise qu'elle en a l'air. Il y a d'infimes différences entre la signature génétique du clone et celle de son parent, qui ne se ressemblent qu'à 99,9 %. Une variabilité que l'on retrouve également entre les jumeaux.

IV. Le clonage facile à faire?

En théorie, la technique est simple. On prélève une cellule chez un individu adulte, on en extrait le noyau qui contient l'information génétique puis on le transfère dans un ovocyte, autrement dit dans une cellule sexuelle femelle que l'on a préalablement énucléée. La division cellulaire va alors s'enclencher et bientôt former un embryon. En pratique, c'est beaucoup plus difficile. Les chercheurs doivent encore déployer des trésors d'inventivité et investir un temps considérable pour aboutir à des taux de réussite que ne dépassent guère quelques pour-cent.

V. Le clonage est-il dangereux?

Aujourd'hui, le clonage est encore une entreprise à risque. Rares sont les clones qui viennent au monde vivants, et quand ils y parviennent leur santé est souvent très précaire. Plusieurs jeunes veaux clonés sont morts à l'âge de quelques mois seulement, foudroyés par un grave déficit immunitaire. Même Dolly, la célèbre brebis clonée, semble affectée. Ses cellules seraient trop vieilles pour son âge. Le clonage, source de vieillissement prématuré? Peut-être mais d'autres études, sur des souris notamment, infirment cette hypothèse.

VI. Bientôt le clonage à la chaîne?

C'est impossible aujourd'hui. Mais l'obstacle technique est un faux obstacle. A moyen terme, le clonage pourra se faire à large échelle. Mais pourquoi cloner des individus à la chaîne? Pour obtenir une armée de surhommes? L'idée est absurde. La ressemblance physique n'implique pas la ressemblance de tempérament. On peut peut-être cloner la résistance physique, mais on ne clone pas le caractère. En revanche, cloner des animaux en chaîne pourrait se révéler utile pour la recherche médicale et la production de nouveaux médicaments.

VII. Le clonage, reproduction asexuée?

Un enfant naît généralement de la rencontre d'une gamète mâle et d'une gamète femelle. Cette reproduction mêle donc le patrimoine génétique de deux individus. Dans le cas du clonage, seul le noyau de la cellule du parent clone contient l'information héréditaire. Après le prélèvement de celui-ci, indifféremment sur une femme ou un homme, on l'introduit dans un ovocyte, cellule sexuelle femelle, pour créer un embryon. Ainsi, une fille clone aura toujours deux mères: l'une porteuse, l'autre génétique. A moins que les deux ne soient la même...

VIII. Y a-t-il clonage et clonage?

Oui. Il faut distinguer le clonage reproductif du clonage thérapeutique. Alors que le premier vise clairement la "fabrication" d'êtres clonés, le second ne cherche qu'à produire des cellules dites souches que l'on prélève sur un embryon obtenu par clonage et âgé de quelques heures seulement. Ces cellules souches ont le pouvoir de se transformer en toutes sortes de cellules spécialisées: muscle, os, neurone, etc. Les chercheurs espèrent ainsi parvenir à de nouvelles et prometteuses thérapies.

IX. Le clonage interdit?

Tous les cas de figure existent, des pays sans législation à ceux qui ont opté pour un interdit constitutionnel. Tous les pays avancés d'un point de vue scientifique ont généralement légiféré. Mais alors que certains interdisent toute forme de clonage, d'autres ne rejettent que le clonage reproductif, acceptant le clonage thérapeutique sous de très strictes conditions, dans la perspective de mettre au point de nouveaux traitements. Au niveau international, un projet d'interdire le clonage reproductif est en discussion à l'ONU.

X. A chacun son clone?

C'est une idée futuriste que l'on entend parfois. Il s'agirait de fabriquer des clones pour disposer de pièces de rechange. Imaginons qu'un patient ait besoin d'un nouveau foie, il suffirait de prélever celui de son clone et de le lui greffer. Plus de problème de rejet. Finie la pénurie d'organe. Mais comment justifier une telle instrumentalisation de l'homme, et cela même si l'on était capable de produire des clones sans cerveau? Seule alternative acceptable: réussir à cultiver des tissus ou des organes seuls.

Pierre-Yves Frei, L'Hebdo, 09.01.2003