Bénédicte, entrée à l'Institut national d'agronomie dans la "botte"

"Si je n'ai pas les moyens de mener mes recherches, j'irai aux Etats-Unis"

Le Figaro: Pourquoi avez-vous choisi l'INA-PG plûtot qu'une école vétérinaire?

Bénédicte Wenden: Même si les classes agro/véto sont désormais mélangées, ce sont deux types d'études différents. Je ne me suis jamais vue véto. Véto c'est travailler avec les animaux. Or je voulais faire de la biologie. J'ai donc suivi une classe de maths sup/bio sans me poser la question d'une école vétérinaire.

Une spécialisation?

J'aime bien la biologie pure. C'est-à-dire la physiologie animale ou végétale, la biologie cellulaire ou moléculaire.

C'est là que vous voyez votre avenir professionnel?

Pour l'instant, j'envisage de me consacrer à la recherche. Je suis partie pour ajouter trois ans d'étude à mon cursus initial d'école d'ingénieur afin de préparer une thèse. Mais même après un tel cursus, on peut partir vers un grand groupe. Notre projet professionnel est donc très ouvert. Ainsi dans le champ de la recherche, l'INA-PG permet de s'orienter vers l'agroalimentaire, la finance, le consulting, la santé et la beauté. C'est une école d'ingénieur, généraliste. Outre la biologie, on suit une formation d'informatique, d'économie, de comptabilité, de statistiques. Donc une formation ouverte permettant de toucher au plus près les sciences du vivant.

Comment prévoyez-vous l'évolution de votre futur métier?

Difficile à dire. J'aimerais faire des recherches sur tout ce qui est végétal: physiologie et pathologie végétales. J'ai déjà fait des stages de physiologie végétale. Je suis actuellement un stage de physiologie animale à l'Inra de Jouy-en-Josas. Mais nous sommes très peu à vouloir faire de la recherche et son manque chronique de moyens ne nous incite pas à nous y consacrer pleinement. La plupart des ingénieurs se tournent vers les grands groupes agroalimentaires.

Les laboratoires européens sont-ils compétitifs par rapport à leurs homologues américains?

Ils le deviennent. Mais les moyens leur font défauts. Nous avons les cerveaux et les institutions. Manquent les moyens pour rémunérer les jeunes chercheurs, acquérir du matériel. Manque aussi une visibilité financière pour mener des recherches à long terme. Si certains chercheurs ont des idées, ils disposent de quelques subventions publiques. Or beaucoup de moyens viennent du privé. Si je n'ai pas les moyens de mener mes recherches, je sauterai le pas: j'irai aux Etat-Unis, illustrant tristement la fuite des cerveaux.

Quelle est votre première impression sur votre stage d'été à l'Inra?

La recherche est un travail difficile. Elle exige du temps pour établir des protocoles, le tout sans beaucoup de moyens. Je suis pendant un mois dans un laboratoire de physiologie animale qui travaille sur l'activation ovocytaire.

Avez-vous un engagement politique ou associatif?

Non. D'une façon générale, mes idées sont plutôt à gauche. Mais je ne suis pas prête à m'impliquer. Je pense que la droite n'a pas toujours tort et que la gauche n'a pas toujours raison.

Vous méfiez-vous du monde politique?

Beaucoup. Il n'est pas tout à fait honnête, il est hypocrite et langue de bois. C'est aussi la raison pour laquelle je ne m'implique pas politiquement.

Comprenez-vous l'actuel débat sur les OGM?

Oui. Les médias ont lancé bruyamment le débat sur les OGM alors que les recherches sont trop récentes pour pouvoir connaître leurs effets secondaires. Résultat: une psychose. Et les médias ont une grande responsabilité dans cette psychose. Au total, les Français n'ont pas une idée exacte d'éventuels dangers ou de possibles effets positifs des OGM.

Faut-il se méfier des OGM?

Les OGM laissent un large champ ouvert à de véritable progrès. Mais nous en sommes aux prémices des recherches.

Sur la question brûlante de savoir comment les plantes transgéniques peuvent contaminer d'autres plantes, les gens ont peur, alors que les recherches sont à faire. Je ne dis pas qu'il faut se méfier des OGM mais il faut les prendre avec des pincettes. Au moins pour l'instant.

Comment jugez-vous l'attitude de José Bové qui va jusqu'à détruire des plantations de maïs transgénique?

Il a détruit des plantations, objets de recherche. Je suis contre cette attitude. Parce qu'il faut étudier les problèmes posés par les OGM. La sécurité autour de ces recherches est presque absolue. Obtenir une autorisation de recherche est difficile. Mais il faut les faire. Pour moi, José Bovet est seulement un personnage médiatique.

Pensez-vous que les OGM sont dangereux pour la santé? Menacent-ils la biodiversité? Sont-ils la porte ouverte à la mal-bouffe?

On ne peut actuellement se prononcer de façon certaine sur ces questions. Il faut étiqueter de façon précise les produits fabriqués à base d'OGM. Les consommateurs ont grand besoin d'être informés.

Les OGM sont-ils une solution pour nourrir le Sud? N'y a-t-il pas un danger pour les agriculteurs du tiers-monde?

Actuellement des recherches sont entreprises sur ce thème, notamment avec le riz. Si les recherches avancent et si elles sont positives, les blés transgéniques exigeront moins de moyens de cultures que les blés traditionnels. Cela peut améliorer le rendement et la qualité des cultures et combattre la malnutrition dans les pays en voie de développement. Mais, encore une fois, les OGM doivent être connus et maîtrisés.

Les OGM vont-ils entraîner le triomphe des grandes sociétés internationales, soupçonnées de vouloir contrôler les agricultures et donc l'alimentation du monde?

Il existe un danger pour les agricultures pauvres utilisant des blés ou des riz transgéniques dans la mesure où ils ne pourraient semer ce qu'ils ont récolté d'une saison sur l'autre, étant obligés d'acheter tous les ans des semences à de grandes sociétés internationales. Ce danger est réel. Je note que ces pratiques sont celles de grandes sociétés américaines. Mais les firmes européennes pourraient s'y mettre aussi.

Pourquoi ne pas trouver des espèces de blés à fort pouvoir nutritif?

Il faut élaborer ce type de semences – nous revenons à la question cruciale de la recherche – et forger un code de bonne conduite international, une déontologie. Toutefois, je ne pense pas que ces grandes sociétés puissent mettre la main sur l'agriculture mondiale: c'est trop leur prêter.

A 21 ans, elle se destine à une carrière dans la recherche en biologie. Selon elle, les médias sont responsables de la psychose née autour des OGM.

Enfant, elle voulait être avocate ou architecte. Bénédicte Wenden, 21 ans, aujourd'hui élève de l'Institut national agronomique de Paris-Grignon (INA-PG), a fait un parcours sans faute. Après la petite école Ferdinand-Buisson de Chaville - où elle vit - , le lycée de Sèvres, une classe préparatoire au lycée Hoche de Versailles, elle intègre du premier coup l'INA-PG dans la "botte" (neuvième): "Je ne m'y attendais pas vraiment. Je voulais avant tout être élève de l'école que j'avais choisie." Passionné de matières scientifiques, notamment de maths, elle découvre sa vocation  pour la biologie en première année. "Un champ immense, qui m'ouvre les portes de la recherche."

Sensibilisée aux arts par ses parents architectes, Bénédicte aime le cinéma, la sculpture, la peinture, en particulier Renoir et la période impressionniste: "Je fais du dessin et suis d'ailleurs l'une des responsables du club arts plastiques de l'INA-PG."

Hervé Guénot, Le Figaro