Une mobilisation sans précédent

Ce qui est sûr, c'est que le sec rejet, le 7 juin 1998, de l'initiative populaire «pour la protection génétique» ne clôt pas le débat (70,7% de non, aucun canton favorable). Les adeptes d'une politique libérale et les partisans d'une pratique restrictive continuent de s'affronter sans merci. On l'avait vérifié lors des débats acharnés, au parlement, du paquet «Gen-Lex». Cela se confirme lors des décisions ponctuelles prises par les autorités - à commencer par l'Office fédéral de l'environnement de Philippe Roch. Tout est prétexte à la reprise des combats.

Les adeptes d'une politique libérale, eux surtout, sont à l'offensive. La récente décision de l'Office de Philippe Roch d'interdire à l'Ecole polytechnique fédérale de Zurich de se lancer dans un essai en plein champ de blé génétiquement modifié provoque une mobilisation sans précédent: dans l'industrie, dans les milieux de l'université et de la recherche, au parlement. A un certain moment, on n'entendait plus qu'eux. En face, les partisans d'une pratique plus restrictive - et d'un usage intensif du principe de précaution - en étaient devenus presque inaudibles.

Ce qui s'est passé hier au Conseil des Etats annonce peut-être un retour à l'équilibre. Les partisans de la prudence relèvent la tête. Mais des voix s'expriment en faveur de la relance du dialogue entre les acteurs. L'idée, c'est de trouver le moyen, tout en réduisant les risques, de ne pas entraver des recherches prometteuses pour l'humanité (et pour la place scientifique suisse). Les recours pourront servir à cela. Mais la partie sera serrée.

Très attaqué, Philippe Roch trouve des alliés au Conseil des Etats

Le refus de l'Office de l'environnement d'autoriser le Poly de Zurich à faire un essai rebondit. La prudence de Roch est louée. Mais des recours sont ouverts. Et on cherche un compromis.

Philippe Roch - patron de l'Office fédéral de l'environnement - a aussi des amis au parlement. On l'a vérifié hier au Conseil des Etats. Par interpellation, la radicale lucernoise Helen Leumann-appuyée par la moitié des sénateurs (soit 23 sur 46) - s'en prend avec vivacité au refus récent de l'Office d'autoriser l'Ecole polytechnique fédérale de Zurich à lancer un essai de culture en plein champ de blé génétiquement modifié. C'était le 20 novembre 2001. Selon Helen Leumann, l'Office de Roch aurait décrété, de fait, un moratoire bloquant la recherche en génie génétique dans le secteur de la production végétale. Il aurait aussi pris le contre-pied de la volonté exprimée par une majorité d'élus, deux commissions fédérales et trois autres offices.

Compte tenu de la puissante alliance réunie autour d'Helen Leumann, on s'attendait à un pilonnage massif de la politique de Philippe Roch et de l'Office de l'environnement. Eh bien, non. Peter Bieri, PDC zougois, prend la défense du Genevois. Tout en appelant les différents acteurs à davantage de dialogue, Bieri fait l'éloge du principe de précaution, juge de mauvais goût que certains réclament la tête de Roch.

VOEUX DU PARLEMENT

Pierre-Alain Gentil, socialiste jurassien, trouve, au contraire d'Helen Leumann et des siens, que la décision de Roch est fidèle aux voeux du Parlement et au contenu restrictif de la législation sur le génie génétique. Michèle Berger, radicale neuchâteloise et présidente du conseil de l'Université de Neuchâtel, met en garde contre les dangers de développer des variétés de plantes génétiquement modifiées contenant un gène résistant aux antibiotiques.

Quant à Gian-Reto Plattner, socialiste bâlois et professeur d'université, il souhaite que l'on trouve un moyen d'autoriser la recherche dans ce secteur contesté. Selon lui, il s'agit de trouver le bon équilibre entre la prise en compte des risques et les espoirs que peuvent représenter certaines découvertes pour des pays en développement (par exemple).

DEUX POSSIBILITÉS DE RECOURS

Moritz Leuenberger, lui, s'étonne surtout du vacarme des protestations, de l'orchestration de l'opposition et des réactions. Le ministre rappelle que la décision de l'office n'est qu'une décision de première instance, qu'un recours est ouvert auprès de son Département (environnement, transports, énergie et communication), puis auprès du Tribunal fédéral. il regrette aussi que cinq des seize membres de l'une des commissions celle de la sécurité biologique - aient démissionné, ce qui ne facilitera pas la préparation du recours.

Incidemment, Moritz Leuenberger a ordonné de réexaminer le pouvoir des autorités de décision. Son idée est de redéfinir le rôle des deux commissions fédérales impliquées. Si l'une traite de sécurité biologique, l'autre s'occupe d'éthique pour le génie génétique dans le domaine non humain.