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Le
problème des catégories dans les sciences de l'homme. Problématique
et objectifs
L'histoire de la philosophie occidentale est traversée par un
débat hérité de l'Antiquité, qui oppose théories matérialistes et
théories idéalistes. Aujourd'hui, la division institutionnelle des
programmes de recherche en sciences dites "dures" et sciences
"humaines" est un reflet de cette archaïque dichotomie
de la matière et de l'esprit.
Pour comprendre un tel dualisme, l'articuler ou le résorber,
les philosophes ont travaillé le problème des catégories et de la
catégorisation. Les Catégories d'Aristote ont initié plus de vingt
siècles de réflexion sur l'organisation des divers types de réalités
qui sont objets de la science. Leur longue réception a influencé
l'élaboration des formes du savoir et leur organisation en Occident.
Dans le sillage des théories évolutionnistes élaborées en cosmologie
et en biologie dès le XIXe siècle, les philosophes ont cependant
développé une catégorisation nouvelle; attachée à organiser l'être
en strate, elle vise à résorber l'ancien dualisme dans le principe
de l'évolution (N. Hartmann). Les domaines autrefois opposés deviennent
les divers niveaux de saisie d'un phénomène, des "régions de
l'être" irréductibles dans leurs différences, mais organisées
sous le principe dynamique de l'évolution par l'établissement de
seuils de transition. De leur côté, biologistes et éthologistes
décrivaient la marche par paliers de l'évolution; la notion de l'"émergence"
ou de la "fulguration" (K. Lorenz) confirmait la nouvelle
théorie philosophique.
A partir de 1940, le philosophe A. Gehlen développait une anthropologie
philosophique qui embrasse à la fois la vie biologique, culturelle,
sociale et historique de l'homme, et qui insiste sur l'enchevêtrement
complexe de la biologie humaine et des phénomènes culturels. L'oeuvre
de Gehlen fournit à l'Occident une première catégorisation systématique
de l'homme en tant qu'être biologique et culturel. Dans le souci
d'éviter une vision réduite au seul aspect biologique, elle n'a
cessé de poser la question de la pertinence des catégories qui serviraient
à fonder les sciences de l'homme; son but était l'organisation des
diverses dimensions de la vie humaine sous des concepts appropriés,
tous traversés par la catégorie fondamentale de l'"action"
(Handlung). Orienté sur le problème des catégories et guidé par
la réflexion de Gehlen, notre programme se propose l'analyse des
procédés de catégorisation dans les diverses sciences de la vie
humaine, aussi bien biologique, qu'anthropologique ou historique.
Le projet se divise en deux volets. La première phase se déroule
de l'été 2002 à l'été 2003 à l'Université de Genève, où le prof.
J. Barnes dirige un programme de recherche sur les Catégories d'Aristote
et leur réception, de l'Antiquité au XIXe siècle (A. Trendelenburg).
A partir de l'été 2003 et jusqu'en été 2004, le projet continue
à l'Université de Lausanne, sous la direction de la prof. A. Neschke.
Il reprend le débat au lieu de naissance de la réflexion sur les
nouvelles sciences de l'esprit, l'oeuvre de W. Dilthey (1833-1911),
et prolonge cette interrogation jusqu'à aujourd'hui, en passant
par A. Gehlen et en obéissant à son exigence de pluridisciplinarité
et de différenciation des domaines. L'anthropologie culturelle,
qui prend pour objet la maîtrise et la représentation du monde par
l'homme, sera distinguée de l'anthropologie sociale et politique,
qui étudie le rapport de l'homme à soi et à autrui.
Prof. J. Barnes, Prof. A. Neschke
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