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Contre
la transmission de la malaria, des chercheurs créent le moustique transgénique.
Des chercheurs américains ont réussi à créer un anophèle transgénique qui
entrave la transmission du parasite responsable du paludisme. L’efficacité n’est
cependant pas assez élevée pour envisager de relâcher l’insecte dans la nature.
Des chercheurs américains ont réussi à créer des moustiques transgéniques
dans lesquels la transmission du parasite de la malaria est sérieusement compromise.
Ils ont ajouté dans le génome de l’insecte un gène qui empêche l'agent pathogène
de passer du tube digestif aux glandes salivaires. Les résultats sont encourageants.
Des moustiques transgéniques et normaux se sont nourris du sang de souris
porteuses de la maladie. En moyenne, les premiers ont été 47% moins nombreux
que les seconds à avoir été infectés. De plus, le nombre de parasites par insecte
infecté est 80% plus faible chez les individus génétiquement modifiés.
L'expérience, publiée dans la revue Nature du 23 mai, a été réalisée avec
une seule espèce de moustiques (Anopheles stephensis) contaminée par le parasite
causant la malaria chez les rongeurs. Elle représente un tournant important
dans la lutte contre la malaria puisqu'elle amène la preuve de la faisabilité
d'une telle stratégie, ce qui est une première. Cette étude doit toutefois encore
être étendue au parasite infectant l'être humain et à d'autres espèces de moustiques
anophèles. La route est encore longue.
Peu d'espèces de moustiques véhiculent la malaria. Depuis l'avènement du
génie génétique et des biotechnologies, les chercheurs ont rapidement imaginé
enrayer le cycle de la maladie en l'attaquant au niveau de l’insecte. Ils ont
formulé l'hypothèse d'un moustique transgénique en parfaite santé mais possédant
un ou plusieurs gènes empêchant totalement la reproduction du Plasmodium. En
relâchant de tels insectes dans la nature en quantité suffisante, ils pourraient
petit à petit supplanter leurs congénères «normaux», ces derniers gaspillant
un peu d'énergie en étant l’hôte du parasite. Sans espérer éradiquer la maladie,
les chercheurs s’attentent néanmoins à diminuer ainsi de manière significative
le fardeau de la malaria.
Les chercheurs se sont notamment intéressés au passage du parasite au travers
de la paroi intestinale avant qu’il n’aille coloniser les glandes salivaires.
D'après eux, le Plasmodium reconnaît la muqueuse grâce à une protéine particulière.
Dans une expérience antérieure, les auteurs de l'étude avaient découvert un
peptide (une petite chaîne d'acides aminés) capable de se lier exclusivement
avec des cellules de l'estomac et des glandes salivaires du moustique. Serait-ce
la molécule utilisée par le parasite pour reconnaître ses cibles ? En tout cas,
les moustiques auxquels avait été administré ce peptide, baptisé SM1, ne pouvaient
plus être contaminés par la malaria.
Les chercheurs sont alors passés à l'étape suivante: obtenir des insectes
capables de s'auto-administrer le SM1 et de transmettre cette propriété à leur
descendance. Pour ce faire, ils ont introduit une séquence d'ADN contenant le
gène du peptide et un gène nécessaire à sa régulation. En bref, ils ont réussi
à fabriquer un insecte qui produit des SM1 uniquement dans le tube intestinal
et au moment où il se nourrit de sang.
D'après l'article, le transgène est stable et passe d'une génération à l'autre
– condition indispensable pour que la stratégie soit efficace. Les résultats
montrent également que ces moustiques transgéniques entravent la reproduction
du parasite dans leur organisme. Mieux : les chercheurs ont laissé une partie
de ces insectes se développer durant 25 jours avant de les lâcher sur des souris
saines. Seuls 16% d'entre eux ont transmis la maladie au rongeur.
Toutefois, comme le cycle n'est pas parfaitement bloqué – il est seulement
atténué –, il est possible que ces moustiques transgéniques favorisent l'apparition
de parasites «résistants», réduisant à néant les efforts consentis. Les chercheurs
se refusent donc à les relâcher dans la nature. Avant cela, les futures recherches
devront encore améliorer considérablement l'efficacité des moustiques génétiquement
modifiés.
S'attaquer au moustique pour contrer les ravages causés par la malaria est
une stratégie déjà ancienne. L'usage massif d'insecticides a permis de faire
reculer la maladie dans de nombreuses régions et même de l'éradiquer d'Europe
du Sud après la Seconde Guerre mondiale. Malgré cela, le paludisme tue de plus
en plus. Les moustiques développent des résistances contre les insecticides
et le parasite fait de même contre les traitements existants. On estime aujourd'hui
que la malaria infecte entre 300 et 500 millions de personnes chaque année,
surtout en Afrique, et en tue entre 1 et 3 millions. Ces chiffres pourraient
bien doubler d'ici 2020 si rien n'est fait pour enrayer l'épidémie.
Favoriser d’autres stratégies
Les organisations traditionnellement contre la dissémination d'OGM ne font
pas d'exception en ce qui concerne la lutte contre la malaria
« L'idée de relâcher des moustiques transgéniques pour combattre la malaria
est une mauvaise idée, estime Clément Tolusso, porte-parole de Greenpeace Suisse.
En tout cas dans l'état actuel des connaissances – les choses peuvent changer
d'ici dix ou vingt ans. Nous ne sommes pas contre la recherche sur les organismes
génétiquement modifiés tant qu'elle se confine aux laboratoires. Contre la malaria,
il existe d'autres méthodes, parfois aussi simples et bon marché que l'usage
de moustiquaires. C'est ce genre de stratégies qu'il faut promouvoir plutôt
que de prendre le risque de causer des dommages à l'environnement.»
Le même principe de précaution est avancé par le WWF International. Selon
Paul-Sanchez Navarro, « certaines solutions peuvent paraître formidables sur
le court terme, mais dramatique sur une période plus longue. Et il faudra encore
beaucoup de temps et d'études avant que l'on sache quels sont les risques de
transmission du gène étranger à d'autres espèces de moustiques et quelles peuvent
être les conséquences pour l'écologie. »
Le cycle de la malaria
Les différents stades du cycle vital du parasite responsable de la malaria
se déroulent alternativement dans le corps humain et dans le moustique. Le moustique
transgénique fabriqué par des chercheurs amércains possède un gène supplémentaire
qui empêche le parasite de traverser la muqueuse du tube digestif et donc de
se rendre dans les glandes salivaires.
En piquant l’être humain, le moustique injecte les parasite dans le circuit
sanguin.
Le Plasmodium falciparum se rend ensuite dans le foie où il infecte les cellules
hépatiques. Il y subit une transformation qui dure de six à dix-neuf jours.
Les parasites, sous leur nouvelle forme, pénètrent dans les globules rouges
du sang. Ils s’y reproduisent par division au point de faire éclater leur hôte.
Libérés, ils infectent alors d’autres globules rouges et le cycle recommence,
provocant ainsi chez le malade des accès de fièvre.
Au bout d’un certain temps, certains parasites vont se fragmenter en formes
sexuées : des gamètes mâles et femelles. Un moustique venu se repaître du sang
du malade les ingurgitera.
Dans le tube digestif du moustique, les gamètes mâles et femelles se recombinent
pour former à nouveau des parasites entiers.
Les parasites traversent la muqueuse du tube digestif du moustique et se
rendent vers les glandes salivaires où ils se concentrent en attendant d’être
injectés dans une autre victime à la prochaine piqûre.
Anton Vos, Le Temps, 23.05.2002
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