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Entre
"libéraux et restrictifs", le match démarre par un but
partout.
Alors que les milieux de l'écologie, des consommateurs et de
l'agriculture inclinent à la prudence, ceux de la recherche et de
l'industrie veulent plus d'ouverture. Deux camps presque de même
force.
Loi sur le génie génétique: le bras de fer entre "libéraux
et restrictifs" a démarré hier au Conseil national sur un tempo
haletant. Les "libéraux" n'ont pas réussi à bloquer ou
à renvoyer un projet de commission qu'ils jugent trop restrictif.
Mais ils pourraient prendre leur revanche pendant le débat de détail.
Hier, ils en ont pris une première au chapitre des buts de la loi.
Ce projet – déjà fortement remodelé par le Conseil des Etats – porte
sur l'application du génie génétique au domaine "non humain".
Alors que les milieux de l'écologie, des consommateurs et de l'agriculture
inclinent à la prudence, ceux de la recherche et de l'industrie
veulent plus d'ouverture.
Succès "libéral"
Un groupe emmené par la radicale argovienne Christine Egerszegi
va obtenir un assouplissement des buts de la loi. La version venue
du Conseil des Etats et de la commission du Conseil national semblait
surtout conçue pour lutter contre les dangers du génie génétique.
La variante Egerszegi, sans négliger les abus, s'ouvre davantage
aux exigences de la recherche. Chiara Simoneschi, PDC tessinoise
et rapporteuse de commission, ne s'y oppose pas. Et le libéral neuchâtelois
Rémy Scheurer, qui plaide aussi pour les intérêts de la recherche,
pousse dans la même direction. D'autres élus du centre droit viendront
à leur rescousse. En face, les partisans d'une version dure tenteront
bien de résister. A 89 contre 67, ils seront vaincus.
Pourtant, la journée d'hier avait mal commencé pour les "libéraux".
Tout un plan de la droite – épaulée par des partisans de la recherche
– va tenter, en vain, d'empêcher l'entrée en matière ou de renvoyer
le projet.
Science bloquée
L'opposition "libérale" est surtout formée de radicaux,
de libéraux et d'une minorité d'UDC. Pierre Triponez, radical bernois
et directeur de l'Union suisse des arts et métiers (USAM), refuse
d'entrer en matière. Selon lui, le projet bloque toute recherche
en biotechnologie. Barbara Polla, libérale genevoise, juge qu'il
ne respecte pas le rejet populaire de l'initiative sur le génie
génétique (encore plus restrictive). Yves Guisan, radical vaudois,
qualifie le projet " d'inepsie sans pareille".
Jacques Neirynck, ex-professeur à l'Ecole polytechnique fédérale
de Lausanne et PDC vaudois, fait entendre l'inquiétude des chercheurs
et demande le renvoi en commission. Son idée, c'est de couper la
loi en deux parties, l'une sur la production et la commercialisation
d'organismes génétiquement modifiés (OGM), l'autre sur la recherche.
Ce qu'il redoute, c'est qu'une loi trop rigide détruise la place
scientifique suisse, "l'une des meilleures au monde".
Claude Frey, radical neuchâtelois, avertit: avec ce projet de loi,
"on tue l'espoir". Bien d'autres monteront au front.
Appui UDC, tournant PDC
Mais les partisans de la réforme serrent les rangs. Chiara Simoneschi
conteste que le projet interdise la recherche. Même la majorité
du groupe UDC, emmenée par le Thurgovien et président de l'Union
suisse des paysans Hansjörg Walther, veut aller de l'avant. Kathy
Riklin, PDC zurichoise, est du même avis, mais est prête à certains
assouplissements (comme sur le moratoire de 5 ans touchant la dissémination
d'OGM agricoles).
Cuche contre la FAO
Anita Fetz, socialiste bâloise, qualifie le projet de compromis
responsable. Fernand Cuche, écologiste neuchâtelois, s'indigne qu'on
fasse si peu de cas des consommateurs. Et il ne partage pas l'appui
de la FAO aux OGM. Le conseiller fédéral Moritz Leuenberger, lui
, constate que le projet s'inspire des règles européennes.
A 119 contre 62, l'entrée en matière est votée. A 103 contre
77, le renvoi est refusé. Le plus dur est à venir.
Les chercheurs n'ont rien accepté du tout
L'Académie suisse des sciences naturelles (ASSN) n'a pas manqué
de formuler ses plus vives inquiétudes au projet Gen-Lex, notamment
sur les restrictions en matière de dissémination. La conseillère
nationale Anita Fetz a invoqué hier que l'ASSN se montrait d'accord
avec le compromis proposé.
Daniel Schuemperli, professeur à l'Institut de biologie cellulaire
de l'Université de Berne et président du forum recherche génétique
de l'ASSN, réfute complètement cette interprétation faite par les
socialistes: "Depuis notre communiqué de presse du 25 septembre
critiquant l'actuel projet de loi, rien n'a changé. Je ne comprends
pas de quel compromis il s'agit. Bien évidemment, nous n'avons pas
à nous prononcer sur le bien-fondé ou non du renvoi du projet, ce
n'est l'attitude de l'ASSN. Nous nous sommes contentés de présenter
nos remarques sur chaque point en discussion. Nous avons dit, par
exemple, qu'il était juste de distinguer entre les essais de dissémination
scientifiques et les applications commerciales.
Les essais de dissémination expérimentale, tels qu'ils sont proposés
par la commission, rendent ceux-ci impossibles en pratique. L'acquisition
des connaissances scientifiques dans le domaine du génie génétique
ne doit pas être limitée aux risques de la dissémination et de la
mise en circulation."
Anita Fetz a voulu découpler la recherche des applications
commerciales. Qu'en dites-vous? Si on ne peut pas faire des
expérimentations et des produits, il n'existe plus de motivation.
Les perspectives doivent rester ouvertes à ce sujet, sinon ceux
qui octroient les fonds et les chercheurs n'investiront plus
de l'argent et du temps dans ce domaine.
Vous regrettez l'entrée en matière du parlement? Cela
dépend des propositions qui seront faites.
Commentaire: contrôler sans tout bloquer
Etonnant Conseil des Etats! Voilà une chambre où le centre et
la droite exercent une domination écrasante. La gauche y est plus
minoritaire encore qu'ailleurs, et les verts inexistants. Ce n'est
pas là que les milieux de l'écologie et des consommateurs disposent
de l'influence la plus éclatante. Eh bien, c'est largement lui qui
a donné à la loi sur le génie génétique son tour actuel, la commission
du Conseil national reprenant l'essentiel, tout en la renforçant
çà et là. Eh bien, c'est cette version de loi qui a semé l'inquiétude,
non seulement parmi les chercheurs, mais aussi dans une partie de
l'industrie. A suivre le débat passionné d'hier à la Chambre du
peuple, on n'en croyait ni ses oreilles ni ses yeux.
L'ajustement des exigences des deux camps – qui sont presque
de forces égales – s'annonce particulièrement délicat. Car tous
deux ont de bonnes raisons de rester fermes. D'un côté, le développement
d'organismes génétiquement modifiés (OGM) – tout en suscitant de
nombreuses résistances dans l'opinion – est riche de promesses dans
des secteurs comme l'agriculture, l'élevage, plus largement la recherche
fondamentale. D'autre part, la promotion d'OGM présente suffisamment
de risques pour l'environnement et les consommateurs pour qu'une
série de garde-fous soient posés (régime des autorisations, règles
de "traçabilité", respect de la "dignité de la créature",
responsabilité civile, voie de recours, etc.) Bref, il s'agit de
contrôler sans tout bloquer. Il y faudra, de la part des conseillers
nationaux, un fameux doité.
Georges Plomb, La Liberté, le 02.10.2002
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