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Les journalistes ne sont pas assez sceptiques face à la science »
L'Allemand Dirk Maxeiner milite pour que le journalisme scientifique ne devienne
pas du militantisme, ni ne soit utilisé par les milieux politiques comme instrument
de propagande.
C’est l’histoire d’un océanographe qui remarque, depuis un bateau, que le
pôle Nord se trouve sous l’eau, et plus sous la glace… Ni une ni deux, il avertit
le « New York Times » et annonce que c’est la première fois depuis des millions
d’années qu’un tel événement se produit. Engagé en faveur de la protection de
l’environnement, ce scientifique attribue ce phénomène au réchauffement climatique.
Très intéressé, le quotidien cite presque telles quelles les conclusions
de l’océanographe. Suit une avalanches de reprises dans divers journaux internationaux.
« Mais tout était faux », a clamé le journaliste scientifique allemand Dirk
Maxeiner, lors d’un colloque organisé il y a peu par le Service de coordination
des sciences de l’environnement de l’Université de Fribourg. « Le pôle Nord
était bien sous l’eau ce jour-là. Mais ce phénomène n'avait rien d'exceptionnel
», a-t-il déclaré en exhibant un cliché datant de 1987, qui montrait la même
situation. « Cela n'a rien à voir avec le réchauffement. Et dix jours plus tard,
le pôle Nord était à nouveau gelé... »
« Les journalistes manquent parfois de scepticisme face à des sujets scientifiques.
Or c'est aussi leur travail », soutient M. Maxeiner, qui milite pour que le
journalisme scientifique ne dérive par vers un alarmisme exagéré et ne devienne
pas un instrument politique ou économique.
Les journalistes ne sont donc pas assez sceptiques à propos des sciences...
Oui! Il faudrait avoir le même sens critique que les journalistes qui analysent
les programmes politiques ou les décisions économiques.
Vous avez montré la première page d'un journal qui affiche la cathédrale
de Cologne sous l'eau. Vous dénoncez ce genre d'images que vous considérez comme
des exagérations alarmistes...
Le problème dans de tels cas, c'est de savoir qui est derrière le message
initial. Car dès que des scientifiques sont impliqués, les journalistes, qui
tendent plutôt à être « pro-environnement», se méfient moins...
Mais à qui la faute? Car tous les journalistes n'ont pas forcément le
bagage pour faire la part des choses, et reconnaître la manipulation... Vrai. D'autant plus que parfois, comme avec le climat, on ne peut pas vérifier
des faits qui se passeront dans le futur, comme les conséquences du réchauffement.
Il faudrait alors à chaque fois au moins mentionner que ce sont des projections,
ce qui n'est de loin pas fait. Ces arguments sont même utilisés comme instruments
de propagande, et souvent par des gens qui n'y connaissent rien.
Un exemple? En Europe, le réchauffement climatique est utilisé pour contrer la politique
américaine. Mais les Américains ont une manière de penser différente de la nôtre
: eux se fixent peu de limites. Or, cela a aussi ses côtés positifs en encourageant
le développement des nouvelles technologies, bien plus dynamique là-bas qu'en
Europe. Il ne faut pas oublier que ce sont les Américains qui ont inventé le
catalyseur! Concernant le climat, ils estiment peut-être que leur politique
économique va dégager des capitaux susceptibles d'aider les pays en voie de
développement à s'adapter aux changements climatiques, si le réchauffement est
à ce point une évidence.
Cet alarmisme peut-il être justifiable, car il permet de conscientiser
la population? Ce genre d'alarmisme avait son sens dans les années 1980. Mais maintenant,
si l'on montre trop d'images « chocs » comme celle de Cologne, les gens s'y
habituent. Les médias créent alors des photomontages encore plus forts, mais
peu réalistes. En fait, cette façon alarmiste de forger l'opinion publique fonctionne
aussi longtemps que la société ne change pas. Mais elle change : par exemple,
il existe des partis « verts ». Et en Allemagne, ces partis sont assez forts
pour ne plus être une minorité. D'ailleurs, de nombreuses autres formations
politiques reprennent leurs idées : presque personne n'ose s'opposer aux mesures
prises pour stabiliser les changements climatiques. L'alarmisme n'est donc plus
de mise. Il faut vraiment ne pas « sauter sur » une information alarmiste, mais
vérifier les faits. Car il y a toujours des motivations sous-jacentes dans toutes
les bonnes idées visant à sauver le monde.
Olivier Dessibourg, La Liberté, 28.05.2002
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