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Gène
du cancer du sein: le brevet est contesté
Le Parti socialiste s'oppose au "brevetage" du gène
du cancer du sein. "Une folie scientifique et économique",
estime-il.
Fin 2001, l'Office européen des brevets (OFB), à Munich, octroyait
à l'entreprise américaine Myriad Genetics un nouveau brevet portant
sur le gène BRCA 1, associé au risque de cancer du sein. Le délai
d'opposition tombait fin août, le Parti socialiste suisse va déposer
un recours. Il s'en est expliqué hier.
Le protection d'une invention se justifie lorsqu'il s'agit d'un
procédé technique, affirme la conseillère nationale Simonetta Sommaruga.
"Un gène humain, lui, peut être découvert, mais pas inventé".
Cette différence est d'ailleurs au cœur de la révision de la loi
sur les brevets, qui est en cours.
Selon la biologiste bâloise Florianne Koechlin, le brevet sur
le BRCA 1 couvre un champ énorme: le gène lui-même, ses mutations,
son utilisation diagnostique et médicale, la production de vaccins,
les animaux sur lesquels il serait transféré, les applications futures
et inconnues, même concernant d'autres cancers.
"Une folie scientifique et économique", lance Franco
Cavalli, cancérologue et conseiller national. La recherche avance
grâce à la coopération et à la diffusion des résultats, non pas
en cachant les découvertes pour des raisons commerciales, dit-il.
Surtout lorsqu'il s'agit d'un gène aussi mal connu que le BRCA 1.
Myriad Genetics, qui possède déjà plusieurs brevets internationaux
et européens sur le gène BRCA, ne se contente pas d'exercer son
monopole en exigeant des droits de licence. Elle obtient, sous la
menace, l'arrêt des recherches menées dans le même domaine par d'autres
laboratoire, dénonce Florianne Koechlin.
L'entreprise américaine veut donc consolider, au niveau mondial,
son exclusivité dans un domaine qui concerne des dizaines de milliers
de femmes, ajoute-elle. Un monopole qui s'accompagne, notamment,
d'une hausse des prix des tests génétiques du cancer du sein: 4'000
fr. aux USA et 6'000 en Europe.
En France, l'Institut Marie Curie, soutenu par le gouvernement,
a fait opposition au brevet sur le gène BRCA 1, alors que l'Assemblée
nationale rejette l'idée même de brevets sur les gènes humains,
tout comme le Parlement européen. Les commissions d'éthique de plusieurs
pays (Suisse comprise) s'y opposent aussi.
Le Parti socialiste reproche au Conseil fédéral de ne pas faire
lui-même opposition à ce brevet auprès de l'OEB à Munich. Celui-ci
préfère en effet attendre les résultats de la consultation sur la
révision de la loi, qui seront analysés cet automne. Mais les diverses
opposition seront étudiées attentivement.
L'avant-projet de la loi sur les brevets, mis en consultation
ce printemps, propose notamment d'adapter le droit suisse à la Directive
européenne sur la biotechnologie et de rendre ainsi plus restrictive
la protection par brevet, indique Felix Addor, de l'Institut de
la propriété intellectuelle (IPI).
Pour obtenir un brevet en biotechnologie, il ne suffira pas de
découvrir un gène. La demande devra contenir la manière d'isoler
ce gène, mais aussi la description concrète des applications industrielles
prévues. On veut ainsi éviter le dépôt de demandes de brevets "spéculatifs",
précise Félix Addor. La révision devrait également ancrer le principe
du "privilège de la recherche". Il permet à toute entreprise
de mener un programme de recherche et développement sur un objet
protégé par brevet. Ce n'est qu'au stade de la commercialisation
que l'entreprise devra négocier avec le détenteur du brevet. Le
détenteur peut refuser de négocier, mais l'entreprise intéressée
obtiendra facilement d'un juge une "licence obligatoire".
Donc il négociera, pour rentabiliser son investissement, estime
Felix Addor: "Brevet et privilège de la recherche sont deux
nécessités complémentaires, économiques et scientifique".
François Nussbaum, La Liberté, 07.08.2002
La lutte contre le cancer est insuffisante
Le cancer tue un homme sur trois et une femme sur quatre en Suisse.
Un fléau contre lequel se sont élevés plusieurs parlementaires,
appuyés par Oncosuisse. Cette association regroupe l'Institut suisse
de recherche expérimentale sur le cancer (ISREC), l'Institut suisse
de recherche appliquée sur le cancer (SIAK) et la Ligue suisse contre
le cancer (LSC).
En moyenne, pas moins de 17'000 personnes meurent du cancer et
30'000 nouveaux cas se déclarent chaque année en Suisse. Ces chiffres
impressionnants pourraient baisser de 30 à 40 % grâce à une prévention
coordonnée à l'échelle nationale, ont déclaré hier devant la presse
le président de la Ligue suisse contre le cancer, le conseiller
national Franco Cavalli (ps/TI), et le professeur Giorgio Noseda,
président d'Oncosuisse.
Constatant que la suisse consacre cinq fois moins d'argent que
les Etats Unis à la recherche contre le cancer, l'UDC Rudolf Joder
demande par voie de motion au Conseil fédéral d'établir une véritable
politique nationale. Le socialiste bâlois Remo Gysin va plus loin
encore et exige une "loi sur la lutte contre les maladies cancéreuses",
à l'instar de celle qui existe contre la tuberculose.
Les cantons et la Confédération ont donnée mandat à Oncosuisse
d'élaborer une stratégie nationale contre le cancer. Son objectif
d'ici 2010 est de parvenir à changer les comportements et les modes
de vie pour diminuer drastiquement le nombre des décès.
"Ne pas fumer doit s'imposer comme une norme sociale",
estime Oncosuisse. La publicité pour le tabac et l'alcool doit être
limitée comme l'accès aux cigarettes, dont le prix doit être élevé.
L'alimentation doit faire une plus large place aux fibres et laisser
graisses et sucres de côté, au travers de la législation sur les
denrées alimentaires.
Pour réduire le stress et l'état d'anxiété liés au mode de vie
actuel, l'exercice physique et la détente doivent être promus. Oncosuisse
veut favoriser les réseaux d'entraide, ainsi qu'une meilleure maîtrise
des tensions et des conflits dans la vie personnelle et professionnelle.
ATS, La Liberté, 07.08.2002
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