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Débat
attendu sur l'analyse de l'embryon avant implantation
Un couple qui craint de transmettre à son enfant une maladie héréditaire
grave, peut-il passer par une fécondation in vitro (en éprouvette) pour permettre
une analyse des embryons obtenus et n'implanter ensuite que ceux qui sont sains?
C'est ce diagnostic préimplantatoire (DPI) dont Barbara Polla (lib/GE) demande
l'autorisation légale. Le débat s'annonce vif.
NAISSANCE MÉDIATISÉE
Après de longues discussions et des votes tendus, le parlement a fini par
renoncer, en 1998, à autoriser le DPI dans la loi sur la procréation médicalement
assistée. Du côté socialiste, par exemple, on craint le dérapage vers une sélection
des embryons sans critères éthiques. Pour le PDC, il est exclu de toucher à
l'embryon, même dans un but thérapeutique.
CRAINTES INFONDÉES
La loi a été mise en vigueur début 2001. Cette même année, un large écho
a été donné à la naissance à Paris d'un premier enfant «sélectionné». Sa mère,
porteuse d'une maladie génétique mortelle, avait perdu ses trois premiers enfants
en bas âge. Le quatrième, issu d'un embryon non porteur grâce au DPI, a pu y
échapper. D'où le dépôt de la proposition Polla.
En commission, Barbara Polla a rappelé que la loi autorisait deux diagnostics
préventifs, en cas de risque de transmission de maladies graves: sur les ovules
et spermatozoïdes avant une fécondation in vitro, ainsi que sur le faetus dans
le ventre de sa mère. Il est donc incohérent d'interdire le DPI qui, entre ces
deux stades, poursuit le même objectif thérapeutique. Les mêmes fronts qu'en
1997-98 sont apparus. Soutenue par les radicaux, l'initiative Polla, a obtenu
une très courte majorité grâce à l'UDC, qui n'a toutefois accordé sa voix qu'après
transformation de l'initiative en motion. L'UDC semble préférer confier au Conseil
fédéral le mandat de revoir la loi, plutôt que de laisser le parlement légiférer
seul dans ce domaine.
Cette motion passera demain devant le plénum. Le Conseil fédéral, parla voix
de Ruth Meuler, demandera sa transformation en simple postulat. Il estime qu'il
n'est pas opportun de changer la loi sitôt après sa mise en vigueur, d'autant
moins que le contenu de la motion a déjà été amplement discuté au parlement.
Barbara Polla n'est pas de cet avis. Selon elle, il n'est jamais trop tôt pour
corriger une incohérence dans la loi. Surtout que la modification demandée concerne
des couples qui, en attendant, ne peuvent envisager d'avoir des enfants. Quant
aux craintes de i dérapages, elles sont infondées: t on pourra, comme en France,
i dresser une liste restrictive des maladies qu'on sera autorisé à 1 déceler
par DPI.
L'ÉTHIQUE EST SAUVE
«N'oublions pas non plus, ditelle, que la loi sur la procréation médicalement
assistée réserve la fécondation in vitro aux couples r souffrant de problèmes
de stérili 'té, mais aussi à ceux qui risquent de transmettre une maladie grave.
Cette prudence éthique n'est pas remise en cause: on veut seulement élargir
les moyens de l'appliquer dans toute sa dimension préventive».
Cellules souches: espoir et prudence Déthiqtie, il n'en sera pas seulement question au sujet de la proposition
de Barbara Polla sur le diagnostic préimplantatoire. Un projet de loi va prochainement
partir en consultation, pour réglementer la recherche sur l'embryon elles cellules
souches, ainsi que leur importation. La recherche fait en effet pression: à
terme, on pourrait traiter les maladies dégénératives.
PAS POUR DEMAIN
Les chercheurs ne cachent pas que de tels traitements ne sont pas pour demain.
Mais c'est aussi la raison pour laquelle il ne faut pas perdre de temps. L'enjeu
est d'importance, puisque les maladies visées touchent de nombreuses personnes:
Alzheimer, Parkinson, Huntington, sclérose en plaques, myopathie, ostéoporose,
organes défectueux.
PROBLÈME ÉTHIQUE
Pour la recherche, il n'y a pas de doute, les cellules souches d'embryons
sont les plus précieuses. Jusqu'au cinquième jour après la fécondation, elles
peuvent se différencier pour donner n'importe quel tissu de l'organisme («pluripotentes»).
Au tout début, jusqu'au stade de huit cellules, elles sont mêmes «totipotentes»
(chacune peut développer un individu).
De telles cellules pourraient permettre, un jour, de remplacer des neurones
défectueux dans le cerveau (maladies neuro-dégénératives) ou de régénérer le
sang, le foie, un rein, un muscle cardiaque. Problème éthique: le prélèvement
d'une cellule pluripotente tue l'embryon. Pour ceux qui s'y opposent, il faut
absolument se tourner vers les cellules souches adultes. Effectivement, la recherche
s'intéresse à certaines cellules souches adultes: celles qui sont à l'origine
du sang, du cartilage, des muscles, des graisses. Elles présenteraient, en outre,
la particularité (contrairement aux cellules embryonnaires) de n'entraîner aucun
phénomène de rejet, puisqu'elles seraient prélevées sur la personne traitée
elle-même. Mais deux études publiées par «Nature» viennent de modérer cet enthousiasme.
Les cellules souches d'adultes ne se «reprogramment» en cellules pluripotentes
qu'au contact de cellules d'embryons: elles ne se multiplient pas d'elles-mêmes.
Pour l'heure, on ne peut que continuer à étudier les cellules embryonnaires,
si on veut comprendre ces mécanismes.
Entre interdit et transgression. Le projet de loi sur la recherche (embryons et cellules souches), que Ruth
Dreifuss doit mettre en consultation ce printemps, n'est pas aisé à formuler:
d'un côté, la base constitutionnelle de 1992 est très restrictive mais, de l'autre,
elle n'a pas empêché la recherche de commencer à forcer le passage. En matière
de recherche sur l'embryon, la Constitution pose quelques interdictions. Ainsi,
on ne peut produire, in vitro, que des embryons qui seront implantés (pas de
surnuméraires congelés). Mais pas question d'en produire pour la recherche,
ni d'en cloner (quel que soit le but). A noter qu'en 1992, on ne parlait pas
de cellules souches. Précisément, l'an dernier, le Fonds national a accordé
une aide financière à un projet genevois de recherche sur des cellules souches
d'embryons humains, en vue de régénérer un tissu musculaire cardiaque. Avec
un avis de droit et l'approbation de deux commissions d'éthique. Ces cellules,
importées des Etats-Unis, viennent d'arriver en Suisse. En fait, les interdictions
de 1992 et la loi sur la procréation médicalement assistée laissent ouvertes
trois brèches: l'utilisation des embryons congelés avant l'entrée en vigueur
de la loi (2001), la recherche sur des cellules souches et l'importation (embryons
et cellules). La future loi sur la recherche devrait, prudemment, se faufiler
dans ces brèches. Le projet pourrait ainsi proposer une autorisation de l'importation
de cellules souches, ainsi que l'utilisation des cellules existant en Suisse.
Mais le tout serait assorti de conditions extrêmement sévères, quant à l'utilité
thérapeutique et la conformité éthique. Ruth Dreifuss insiste d'ailleurs pour
qu'un large débat de société ait lieu à cette occasion.
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