Génie génétique: gare à la confusion!

Mauvais génie ou bon génie? Lâcher, au milieu d'une banale conversation, les trois lettres OGM, pour organisme génétiquement modifié, provoque immédiatement une pluie d'avis définitifs, farouchement favorables ou foncièrement opposés à cette action de l'homme sur la nature.

La discussion tourne rapidement au vinaigre, mélangeant allégrement éthique, économie et écologie. Les thèses sur la "malbouffe" se mélangent à celles évoquant l'aide au tiers-monde, le scientifique apprenti sorcier, les multinationales aveugles, la place de l'homme dans la Création.

Le débat, houleux, qui s'est engagé hier au Conseil national à ce sujet n'échappe pas à la règle de la confusion des genres. Le manque de consensus et le risque d'une majorité de hasard ont par exemple fait peur à une partie de la droite qui aurait préféré ne rien décider et prolonger le flou juridique actuel, plutôt que risquer de voir se détériorer des conditions de la recherche sur les OGM en Suisse.

Le projet Gen-Lex doit définir le cadre dans lequel les scientifiques inventeront nos aliments de demain. Quels aliments? Ceux qui permettront de trouver un début de solution à la faim dans le monde et au gaspillage de nourriture, ou ceux qui perturberont l'équilibre biologique de la planète par un croisement incontrôlable des espèces végétales? Faut-il entraver ou geler la recherche en Suisse sans pouvoir empêcher qu'elle se déplace dans des pays plus accueillants, comme la Grande-Bretagne ou les Etats-Unis?

Ces questions, graves, doivent être abordées et réglées sans passion. En se souvenant par exemple que de nombreuses espèces végétales, mais également animales, de notre environnement quotidien sont déjà le fruit de croisements et d'"améliorations" voulues et provoquées par l'homme. Un moratoire, ou l'instauration de conditions de recherche trop contraignantes, priverait la Suisse, dans un domaine oû elle excelle, à mi-chemin entre les industries alimentaire et pharmaceutique, d'un fort potentiel de croissance scientifique et économique.

Willy Boder, Le Temps, 02.10.2002