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Cellules
souches embryonnaires : quel avenir en Suisse ?
L'utilisation de cellules souches embryonnaires se situe dans le cadre de
la thérapie cellulaire, laquelle vise à utiliser des cellules pour réparer ou
remplacer d'autres cellules ou organes défectueux ou malades. La thérapie cellulaire
est aujourd'hui utilisée dans les maladies du sang et les brûlures, et prise
en compte dans certaines affections hépatiques ou neuro-dégénératives et dans
le diabète. C'est dans ce contexte qu'a été décrite la culture de cellules souches
embryonnaires (cellules ES) humaines.
II existe à ce jour une soixantaine de lignées ES humaines et de nombreuses
autres devraient être développées prochainement. Les perspectives thérapeutiques
ouvertes pas l'aptitude confirmée des cellules ES humaines à se transformer
en tissu cardiaque, sanguin ou nerveux, sont très importantes, et pourraient
aboutir à de nouvelles approches thérapeutiques de maladies aussi terribles
que celle d'Alzheimer. Elles pourraient également constituer une alternative
potentielle à la greffe d'organes.
En Suisse, la production de cellules ES humaines, qui pourrait se faire à
partir d'embryons surnuméraires, est interdite, limitant considérablement la
possibilité que notre pays contribue au développement de la thérapie cellulaire.
Les raisons de cette interdiction sont multiples, et reposent notamment sur
des considérations d'ordre éthique et sur la crainte du clonage. Mais comme
le dit Axel Kahn, "l'utilisation d'embryons surnuméraires (ceux qui ne
sont pas transférés dans l'utérus maternel) doit être totalement distinguée
du clonage ...Et en quoi, demande encore Axel Kahn, "serait-il plus respectueux
d'un embryon humain de le détruire, plutôt que de le soumettre à une recherche
de qualité dont on espère un accroissement des connaissances et des moyens de
lutte contre certaines maladies 7 II y a là un élément de solidarité entre une
vie qui n'adviendra pas et l'amélioration des conditions d'établissement d'autres
vies humaines dans le futur"...
C'est bien dans ce sens que Bush lui-même a fait savoir l'été dernier que
le fait de détruire les embryons surnuméraires générés lors de la préparation
des fécondations in vitro lui paraissait difficile à défendre face aux patients
qui attendent que celle-ci avance. Cette décision pourrait être interprétée
comme l'abandon partiel d'une morale conservatrice au profit du principe d'utilité,
notamment économique. Mais il pourrait aussi s'agir d'une vraie éthique du progrès
humain - une éthique que nous souhaitons défendre en Suisse. Notre prospérité
humaine et économique a besoin d'une recherche de qualité, effectuée en Suisse,
avec les meilleures garanties de sécurité et d'éthique, y compris dans le domaine
des cellules souches embryonnaires.
Barbara Polla, médecin, conseillère nationale - economiesuisse
N°7 - 2 avril 2002
Le Parti radical veut l’ouverture, contrôlée, de la recherche sur les
cellules provenant d’embryons humains.
Un avant-projet de loi doit être mis en consultation dans quelques jours,
pour réglementer la recherche sur l'embryon et les cellules-souches. Mais le
Parti radical prend les devants: il a présenté hier à la presse une prise de
position, réclamant une ouverture contrôlée et responsable de cette recherche,
pour la médecine et la place scientifique suisse.
Le parti refuse toute interdiction générale et tout moratoire. Mais il faut
des garde-fous: la future loi doit autoriser la recherche pour des projets scientifiques
(non commerciaux), visant des objectifs qu'on ne peut atteindre autrement. Et
les cellules-souches doivent être produites et acquises légalement, avec le
consentement des parents de l'embryon.
Interdits constitutionnels
Felix Gutzwiller, conseiller national (ZH) et médecin, rappelle que la recherche
sur les cellules-souches provenant d'embryons ouvre des perspectives énormes
en médecine. Même si le chemin est encore long, on devrait pouvoir, à terme,
traiter des maladies dégénératives comme Alzheimer ou Parkinson, les scléroses,
les hépatites, l'infarctus, le diabète.
Pourquoi ces cellules ont-elles un tel potentiel ? Parce qu'au stade d'un
embryon de quelques jours, elles sont « pluripotentes »: elles peuvent se différencier
en n'importe quel tissu et se multiplier en éprouvette, sans limite et sans
vieillissement, explique Felix Gutzwiller. En théorie, une préparation suffirait
pour de nombreuses maladies et de nombreux patients.
Ces embryons existent !
Problème: la Constitution fédérale n'autorise pas (ou pas clairement) cette
recherche. On ne peut développer, en éprouvette, que des embryons qui seront
implantés ensuite dans le corps de la femme traitée (pour une stérilité ou pour
éviter la transmission d'une maladie grave). Pas question, donc, d'en produire
pour la recherche. Le don d'ovule est aussi interdit.
Mais, note Yves Guisan, également médecin et conseiller national (VD), un
traitement par fécondation in vitro oblige à développer plusieurs embryons,
pour ne pas avoir à tout recommencer en cas d'échec. Donc il existe, en Suisse
et ailleurs, de nombreux embryons surnuméraires congelés dont la plupart, sans
« projet parental », ne seront plus implantés.
En principe, ces embryons devaient être décongelés un jour, donc détruits.
Ce qui, pour Yves Guisan, résout une première question éthique: prélever des
cellules-souches sur un embryon entraîne aussi sa destruction, mais permet une
recherche en vue d’applications médicales de grande importance. Et, selon lui,
un embryon de quelque jours n’est pas encore un individu.
Pourquoi ne pas se limiter aux cellules-souches adultes, comme celles de
la moelle osseuse ? Le député vaudois admet qu’elles peuvent aussi se différencier
et reconstituer certains tissus. Mais leur culture est beaucoup moins aisée
que celles provenant d’embryons. Et l’importation de cellules embryonnaires
? Là, on sombre dans l’hypocrisie, affirme-t-il.
Importer des cellules embryonnaires parce qu’on refuse de les prélever en
Suisse, ce n’est pas défendable. Interdire la recherche serait plus cohérent,
mais en apparence seulement, ajoute le député vaudois : le jour où les traitements
découlant de cette recherche seront disponibles à l’étranger, il est difficilement
imaginable qu’on renonce à en profiter.
Bientôt 60 milliards
De son côté, Isabelle Moret, députée au Grand Conseil vaudois, note que la
Suisse est très active en matière de cellules-souches, mais pas de cellules
d'embryons. Or, ce marché explose: de 400 millions de dollars en 2000, il passera
à 13 milliards en 2005 et à 60 milliards en 2010. Interdire la recherche serait
«catastrophique» pour la place scientifique.
Si le Parti radical peut compter sur l'appui des libéraux pour ouvrir la
recherche sur l'embryon, les autres formations politiques sont, soit dans une
prudente réserve (socialistes, démocrates du centre), soit carrément opposées
(démocrates-chrétiens, verts). Le PDC a déjà fait savoir, il y a quelques semaines
qu'il considérait l'embryon comme un individu et qu'il n'admettrait pas que
la recherche l’instrumentalise, même dans un but médical. Tout au plus peut-on
autoriser, sous réserve, l'importation de cellules-souches. Les socialistes,
qui ont tenu plusieurs réunions sur la question, critiquent l'empressement radical
en faveur de la recherche et de l'économie, alors que l'avant-projet du Conseil
fédéral n'est pas encore publié. Et ceci en minimisant gravement les questions
éthiques. L’UDC, qui n'en fait pas un thème prioritaire, attend également les
propositions du Conseil fédéral, sachant d'avance que, sur cette question, le
parti sera divisé entre conservateurs et progressistes.
François Nussbaum, La Liberté, 13.05.2002
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