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Berne
pose une série de garde-fous aux analyses génétiques humaines.
Conseil fédéral: le gouvernement a présenté hier son projet de
loi précisant les conditions requises pour pratiquer ces tests,
notamment dans le cas d'une grossesse ou pour une reconnaissance
en filiation.
L'analyse génétique permet de déceler des maladies héréditaires,
mais aussi des prédispositions aux maladies. La médecine risque
d'en abuser, de même que les employeurs ou les assurances. Le projet
de loi présenté hier établit les principes protégeant la dignité
humaine en interdisant toute "discrimination génétique".
L'avant-projet de loi avait été envoyé en consultation à la fin
de 1998. S'il a fallu plus de trois ans pour adresser un projet
définitif au parlement, c'est parce qu'il s'agit d'un domaine sensible,
exposé à des intérêts divergents et en pleine évolution, a expliqué
hier Ruth Meuler. Mais il fallait unifier le doit en la matière.
Prévention et thérapie.
En médecine, l'analyse génétique détecte des anomalies sur les
gènes ou les chromosomes. Certaines sont héréditaires (hémophilie,
mucoviscidose), d'autres déterminent des prédispositions, en interaction
avec l'environnement, durant la grossesse ou après (certains diabètes
ou maladies cardio-vasculaires).
Le projet admet ce type d'analyse si, par exemple, un parent
est porteur d'une maladie héréditaire qu'il risque de transmettre.
De même, l'analyse sur un embryon pendant la grossesse peut mener
à une décision d'avorter. Et une prédisposition peut amener à changer
le mode de vie (habitudes alimentaires).
Punissabilité pénale.
En dehors de ces perspectives, c'est l'interdiction: pas question
d'analyse prénatale pour choisir le sexe d'un enfant ou d'autres
caractéristiques non liées à la santé. Autres principes: une personne
doit consentir à l'analyse, mais garde le droit de ne pas en connaître
les résultats (sauf en cas de danger imminent).
Dans le domaine du droit du travail, le projet de loi est très
strict. Si, lors d'un entretien d'embauche ou par la suite, un employeur
exige une analyse génétique d'un travailleur, il est punissable
pénalement. Sauf si la place de travail implique un risque pour
quelqu'un de prédisposé à certaines maladies.
Même sévérité pour un assureur qui réclamerait une analyse avant
de conclure un contrat. Cela vaut pour les assurances sociales,
y compris le surobligatoire dans le 2e pilier, ou pour une assurance-vie
portant jusqu'à 400'000 francs. Pour les assurances privées, en
revanche, une analyse déjà faite peut être exigée.
Profil ADN: prudence.
Mêmes principes en matière de responsabilité civile. Ainsi, une
personne ne peut recourir à une analyse génétique pour faire valoir
une rente en dommages-intérêts suite à une incapacité de travail.
Sauf si l'anomalie est liée à la grossesse: on doit pouvoir se retourner
contre les conditions de travail faites à sa mère.
Enfin, on peut établir la filiation ou l'identité d'une personne
par analyse génétique (profil ADN), si aucune recherche n'est faite
sur l'état de santé. Ce profil peut être utilisé en procédure civile
ou administrative, et détruit ensuite. Hors procédure, un accord
écrit et une information large sont nécessaires.
Quant aux conditions dans lesquelles un profil ADN peut être
établi dans le domaine pénal (recherche de criminels), elles font
l'objet d'une loi spécifique. Le Conseil national doit précisément
en traiter lors de la session d'automne, qui commence lundi.
Commentaire
Après l'article constitutionnel de 1992 sur la génétique humaine,
la loi de 2001 sur la fécondation en éprouvette, et avec les projets
en cours sur la transplantation et sur les embryons et cellules-souches,
on avait presque oublié celui que Ruth Metzler a présenté hier:
l'utilisation des analyses génétiques.
Les travaux ont commencé à la fin 1995, sur la base des travaux
du directeur de l'Institut de la santé de Neuchâtel, Olivier Guillod.
Bien que sept ans se soient écoulés depuis lors, on doit admettre
que ce projet de loi sur l'analyse génétique reste anticipatoire:
dans une large mesure, le droit, ici, précède la réalité.
Pas tellement, peut-être, dans le domaine purement médical et
scientifique. La recherche sur les cellules-souches embryonnaires
et le diagnostic de maladies héréditaires sur l'embryon en éprouvette,
pour ne citer que ces deux exemples, sont des réalités que le droit
suisse hésite ou renonce encore à intégrer.
En revanche, il fallait une réglementation cohérente pour des
secteurs où le recours aux analyses génétiques ne fait que pointer
son nez. C'est le cas dans le droit du travail et des assurances.
Le projet de loi interdit donc clairement à un employeur ou un assureur
de réclamer une analyse avant de passer contrat.
Il n'est pas rare qu'à l'embauche, un employeur demande à une
femme si elle compte avoir des enfants dans un proche avenir. Pourquoi
ne s'intéresserait-il pas, pour les mêmes motifs économiques, aux
problèmes de santé d'un futur employé? Les syndicats peuvent réagir
mais, avec la loi, ce sera plus clair.
Dans les assurances, la question est d'actualité. Lorsque les
assureurs-maladie réclament une meilleure compensation des risques
entre caisses, c'est parce que l'actuelle ne tient compte que du
sexe et de l'âge des assurés, mais pas de leur état de santé. Comment
mieux évaluer ce risque que par une analyse génétique?
Ruth Metzler l'a dit hier: on est au début d'un processus législatif
qui ne fera qu'évoluer. Il évoluera très vite.
François Nussbaum, La Liberté, le 12.09.2002
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