Monsieur Roch, il est temps de voir ailleurs !

Lorsqu'une commission, peuplée des meilleurs experts scientifiques dans le domaine en Suisse, voit ses réavis trois fois de suite être systématiquement désavoués par une administration et un directeur, outrepassant visiblement leurs compétences et marqués par des considérations avant tout idéologiques, une remise en cause des mécanismes et des personnes chargées de la décision s'impose d'urgence. C'est ce qui vient de se produire au sein de la Commission fédérale d'experts pour la sécurité biologique (CFSB). Le président, la vice-présidente et trois autres personnalités de renom ont fini par claquer la porte. Lassés, ils ont mis un terme à leur rôle alibi que leur faisait jouer l'Office fédéral de l'environnement (OFEFP) et son chef Philippe Roch. Les démissionnaires, mais aussi une partie des experts, qui restent uniquement à la CFSB pour assurer une résistance aux milieux politiques hostiles à toutes les formes d'expérimentation transgénique en Suisse, constituent le noyau des scientifiques qui avait donné un préavis favorable à la requête formulée par l'Institut de biologie végétale de l'EPFZ relative à une dissémination de blé transgénique. Philippe Roch a en outre refusé de prendre en compte d'autres préavis favorables à l'expérience, comme ceux de l'Office fédéral de la santé publique, de l'Agriculture et vétérinaire fédéral ou la Commission fédérale d'éthique pour le génie génétique dans le domaine non humain. La méthode, mais aussi la forme utilisée par l'ancien directeur du WWF, constitue une insulte à l'intelligence de l'ensemble de la communauté des chercheurs, en particulier ceux du Poly de Zurich. Laisser investir les responsables du projet tout en plaçant un maximum d'entraves, au nom légitime de la sécurité, pour finir de placer la barre très haut et dire non, constitue une sacrée marque d'hypocrisie. Si on laisse aller les choses, la décision de l'OFEFP constitue le signal définitif et irrémédiable adressé à tout jeune chercheur, dans le domaine extrêmement prometteur de la génétique végétale, à faire ses valises pour entamer une carrière autrement plus prometteuse hors de nos frontières. Après cet oukase, il est évident qu'aucun d'entre eux ne se risquera à s'embarquer dans le domaine de la recherche publique qui nécessite une prise de risque entourée de garde-fous judicieux. Sans compter que personne ne reprendra la place des experts scientifiques pour juger de la qualité d'un projet. La Suisse ne dispose pas d'un réservoir de ressources sur le plan scientifique si grand pour se permettre cela. Il faut donc essayer de corriger cette erreur. Moritz Leuenberger, président de la Confédération, supérieur politique de Philippe Roch, et le Conseil fédéral sont priés en premier lieu de remettre au pas l'intéressé. Le voir aller ailleurs ne dérangerait pas. Par ailleurs, une décision d'autorisation doit également associer les organes chargés de la politique de la recherche en Suisse, en premier lieu le Groupement de la science et de la recherche.

Edgar Bloch - L'Agefi, 26 novembre 2001