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Interdits
en Suisse, des essais avec les plantes suisses se font en France. Mais le vent
tourne...
Les plantes OGM suisses chassées de France !
Les chercheurs suisses ne décolèrent pas. Interdits d'essais transgéniques
en plein air en Suisse, ils les menaient depuis trois ans en France... avec
l'argent suisse. Mais là aussi, la résistance s'organise. Même la Chine fait
la grimace.
Les chercheurs qui appliquent les techniques du génie génétique aux plantes
d'intérêt agronomique pourraient bien être amenés à quitter la Suisse. Aucun,
à ce jour, n'a franchi le pas. Mais «certains y songent sûrement», dit Santiago
Schaerer, qui co-dirige, avec Pia Malnoë, le département de génie génétique
des plantes à la station fédérale de recherches en production végétale de Changins,
près de Genève. «Cela me travaille», admet Christoph Sautter, qui développe
un prototype de blé transgénique à l'Ecole polytechnique fédérale de Zurich,
pour lequel l'Office fédéral de l'environnement, des forêts et du paysage (OFEFP)
a refusé un essai en plein champ le 20 novembre dernier.
3 DEMANDES EN TROIS ANS
Les chercheurs à Changins et à Zurich ont le même problème. Depuis plusieurs
années, les autorités fédérales refusent de les autoriser à tester en plein
champ leurs OGM: des pommes de terre pour les premiers, du blé pour les seconds.
La loi n'interdit pas ces tests en Suisse. Mais une opinion publique très hostile
et un milieu paysan opposé à ces plantes barrent la route aux rares demandes
- trois en trois ans - d'autorisation de mise en culture d'OGM à des fins de
recherche. L'ex-directeur du WWF international, Philippe Roch, qui tient les
rênes de l'OFEFP, a pu appuyer ses deux premiers refus sur les avis de la Commission
fédérale d'éthique pour le génie génétique dans le domaine non humain. Sur le
blé transgénique,. la commission, comme tous les autres comités consultés, avait
donné un avis favorable. Mais Philippe Roch s'est appuyé sur la sévérité du
cadre législatif pour rejeter cette nouvelle demande.
Jusqu'à présent, à Changins, Schaerer et Malnoë ont donc dû se limiter à
des expériences sous serre. Ils ont tout de même pu tester leurs pommes de terre
transgéniques en plein champ... en France! Pour cette étape cruciale, ils collaborent
en effet avec la société Germicopa. Basée à Quimper, en Bretagne, cette société
est leader, en France, dans la création et la commercialisation de variétés
traditionnelles de pommes de terre.
DANS LES CHAMPS BRETONS
Dès 1998, Malnoë a testé dans des champs situés à Châteauneuf-du-Faou, où
Germicopa possède un centre de recherche, la viabilité de ses tubercules transgéniques
résistant à un champignon pathogène, le mildiou. En 1999, elle pensait pouvoir
faire de même à Changins, de manière à pouvoir comparer les essais effectués
en France et en Suisse. Mais l'OFEFP ne le lui a pas permis. En 2000 et en 2001,
avec Schaerer, Malnoë a donc dû se résigner à tester ses nouveaux spécimens
transgéniques seulement en Bretagne.
AVEC L'ARGENT DE BERNE
Ce Travail s'inscrit dans le cadre d'un programme de recherche financé par
le Fonds national de la recherche scientifique suisse qui a débuté en 1994 et
s'est achevé cette année. Plusieurs laboratoires des Universités de Lausanne,
Fribourg, Bâle et Berne y ont participé.
Avec Jean-Pierre Métraux, qui dirige l'unité de biologie végétale de l'université
de Fribourg, Pia Malnoë a coordonné ce projet, pour lequel il était nécessaire
de collaborer avec un semencier. Ne pouvant trouver le partenaire souhaité en
Suisse, les chercheurs se sont tournés vers la France.
LA BATAILLE DE BOVÉ
Longtemps terre d'asile des essais en plein champ au sein de l'Union européenne
- en particulier ceux du semencier suisse Ciba-Geigy, devenu Novartis puis Syngenta
- la France est depuis 1998 le théâtre d'un vigoureux activisme anti-OGM. En
août dernier, le syndicat agricole la Confédération paysanne, José Bové en tête,
allié au mouvement ATTAC et à de nombreux membres des verts, ont mené une campagne
de grande envergure visant à arracher des OGM avant la phase de pollinisation.
Naturellement, ce climat freine l'essor des OGM dans ce pays.
«La recherche reste intéressante et motivante, explique Eric Bonnel, qui
dirige la recherche et le développement à Germicopa. «Mais pour l'instant, poursuit-il,
le consommateur n'est pas favorable aux OGM. Or, c'est lui qui influence, bien
plus que le producteur, nos choix de développement.»
QUE FERA SAUTTER ?
Aujourd'hui, à Quimper comme à Changins, on n'est pas sûr de pouvoir obtenir
un financement pour poursuivre cette collaboration. Pia Malnoë maintient que
ce travail est très important pour la Suisse, où son équipe est l'une des seules
- sinon la seule à posséder ce type d'expertises. A l'Institut des sciences
des plantes à l'ETH de Zurich, Christoph Sautter espérait tester en plein air
son blé transgénique en 2002. Il avait déposé sa demande auprès des autorités
fédérales il y a plus de deux ans pour cultiver sur 90 mètres carrés un blé
résistant au charbon, un autre champignon pathogène. Après le refus de l'OFEFE
Sautter avoue ne pas savoir, lui non plus, ce qu'il va faire.
Pourquoi ne cherche-t-il pas à tester ses plantes à l'étranger, comme ses
collègues de Changins? «Parce que je veux bénéficier, en Suisse, des meilleures
garanties de contrôle en matière de biosécurité. Effectuer ces essais à l'étranger
nécessite plus d'argent encore et il faut trouver des collaborateurs prêts à
se lancer dans une telle expérience, ce qui est compliqué. Enfin, cela dilue
la contribution des auteurs principaux dans l'article à venir>, note Sautter.
Il n'attend rien du recours déposé par l'ETH. Il explique en effet que, pour
tester son blé en 2002, il doit obtenir l'accord des autorités fédérales d'ici
à février. Si ce n'est pas le cas, le Fonds national ne lui accordera pas le
financement prévu pour mener cette recherche. Or, ce recours, qui doit être
déposé avant le 20 décembre pour être recevable, pourrait prendre de une à quatre
années avant de déboucher sur une décision favorable. Et encore, rien n'est
moins sûr!
La Liberté, 6 décembre 2001, Jacques Mirenowicz
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