Pour la recherche un moratoire sur la génétique n'est pas justifié.

Le monde scientifique universitaire est favorable à un développement sévèrement contrôlé du génie génétique. Le Conseil des Etats débat demain d'un moratoire éventuel sur la dissémination des organismes génétiquement modifiés : aujourd'hui même, des scientifiques issus des universités suisses viennent dire aux politiciens leur point de vue sur le développement du génie génétique. C'est une première. Un moratoire ne se justifie pas au plan scientifique. Les chercheurs demandent cependant aux politiciens de leur donner les moyens de renforcer la recherche sur les risques liés au génie génétique. Pour que le débat soit objectif et que les décisions prises par les autorités puissent être aussi fondées que possible. Entretien avec Daniel Schümperli, directeur de l'Institut de biologie cellulaire de l'Université de Berne et président du Forum recherche génétique fondé par l'Académie suisse de sciences naturelles.

Daniel Schümperli, l'Académie suisse des sciences naturelles apporte son appui au génie génétique. Mais les scientifiques sont-ils vraiment tous favorables au génie génétique ? Bien sûr, on retrouve chez les scientifiques les mêmes positions que dans la population en général. Mais parmi les biologistes qui ont affaire avec le génie génétique, selon mon expérience, il n'y a pas d'oppositions fondamentales à cette technique même s'il existe naturellement des nuances. Il faut d'ailleurs noter que c'est la première fois que l'Académie suisse des sciences naturelles prend position aussi ouvertement.

Quelle est justement votre attitude face à un éventuel moratoire, sujet très sensible qui va être discuté demain au Conseil des Etats lors de l'étude de la loi sur le génie génétique en matière non humaine ? L'Académie suisse des sciences naturelles ne voit pas de raison impérative d'introduire un moratoire sur la dissémination des organismes génétiquement modifiés. La loi qui va être discutée, si elle est appliquée à la lettre, permettra d'ailleurs pratiquement d'arriver à un moratoire sur une dissémination des organismes génétiquement modifiés dans l'environnement, tout en permettant d'autoriser les cas où des produits génétiquement modifiés pourraient se révéler intéressants sans être dangereux pour l'environnement.

Pouvez-vous nous donner un exemple ? Dans le domaine de semences, les hybrides sont plus productifs à la première génération. C'est comme chez les chiens, les bâtards sont plus robustes que les chiens de race qui finissent par avoir des problèmes de consanguinité… Aujourd'hui, on peut croiser facilement des espèces différentes de maïs selon les méthodes traditionnelles. Mais cela n'est pas possible avec le blé pour lequel il serait très intéressant de pouvoir recourir au génie génétique. On pourrait même créer des variétés qui ne se reproduiraient pas. Ainsi, on obtiendrait des plantes plus solides sans risques pour l'environnement.

La Liberté, mardi 12 juin 2001, François Tissot-Daguette