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Comment justifier un moratoire
?
Contradiction - Est-ce dû au seul hasard ? Hier, les producteurs du riz doré annonçaient céder
leurs droits sur ce riz génétiquement modifié qui contient de la vitamine A permettant de
lutter contre la cécité dans les pays en développement. Et une prochaine campagne d'essais
aux Philippines. Or, aujourd'hui même doit tomber la première décision politique portant sur
un éventuel moratoire sur la dissémination en pleins champs d'organismes génétiquement
modifiés… Avec le risque de voir la Suisse interdire sur son sol ce que ses entreprises feraient à
l'étranger… Une contradiction gênante. Les milieux économiques concernés restent cependant
confiants sur l'avenir du génie génétique.
Explications.
La décision concernant un moratoire sur la dissémination en pleins champ d'organismes génétiquement
modifiés doit tomber aujourd'hui. Elle est capitale, chacun en est conscient, pour la recherche et le développement
du génie génétique en Suisse, également en matière biomédicale. «
Cela constituerait un signe négatif pour tout ce secteur que l'on considère comme porteur de progrès
», estiment les milieux concernés : la recherche est largement le fait des Hautes Ecoles suisses.
Le riz doré est né à l'Ecole polytechnique de Zurich. Cela serait d'autant plus regrettable
que, grâce aux investissements consentis, la Suisse a obtenu une place de choix dans le peloton de tête
mondial. Thomas Cueni, secrétaire général d'Interpharma, souligne aussi une contradiction
gênante. En cas moratoire, la Suisse aura bien de la peine à justifier au plan éthique le fait
d'interdire chez elle des essais de dissémination que ses propres entreprises réalisent à
l'étranger… avec l'accord des autorités. Une interdiction serait d'autant moins justifiée
que ces essais sont nécessaires pour déceler d'éventuels problèmes puis y remédier,
précisément en matière de risques de contamination à l'environnement. Décider
d'un moratoire ne constituerait donc pas une mesure de précaution, bien au contraire.
Optimisme
L'industrie se dit d'ailleurs prête à aller « pas à pas » et à « respecter
les sensibilités » politiques et sociales dans le dossier des essais en pleins champs. Tout aussi
capitale est la décision d'aujourd'hui portant la responsabilité civile liée aux organismes
génétiquement modifiés. Le monde paysan annonce refuser tout OGM s'il doit porter une part
de responsabilité, ce qui conduirait à un véritable moratoire de fait. La responsabilité
pourrait être reportée exclusivement sur les producteurs, mais la mesure toucherait surtout les PME
qui n'auraient pas les moyens de s'assurer, ce qui risquerait à terme de condamner tout développement
en Suisse. Reste que l'industrie se déclare optimiste quant aux décisions que doit prendre aujourd'hui
la commission des Etats. Elle espère « avoir été entendues »… On pourrait donc
s'acheminer vers des compromis mais les pronostics sont délicats à établir. Les commissaires
sont très divisés sur ces questions.
La Liberté, mardi 23 janvier 2001, François Tissot-Daguette
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