Génome humain : vérités dérangeantes

Le génome humain est presque complètement décrypté, mettant à mal quelques idées reçues. L'annonce solennelle sera faite aujourd'hui, avec la publication dans deux revues prestigieuses anglo-saxonnes, Nature et Science, des résultats des deux grandes équipes rivales, l'une publique, l'autre privée. Le rapprochement de leurs travaux bouscule des croyances récentes. Il y a quelques mois, seuls quelques chercheurs estimaient que le génome humain avait environ 100'000 gènes. Maintenant, on sait qu'il en contient entre 26'000 et 38'000.
Conséquence, il devient de plus en plus sûr que le schéma simpliste - un gène une fonction - est faux. Un même gène peut probablement avoir plusieurs fonctions. Une complexité qui ne va pas faciliter les recherches pour tenter d'établir une médecine à la carte, en fonction des seules particularités génétiques de chacun. Cependant, il apparaît que huit chromosomes concentrent 39 % des mutations impliquées dans des maladies génétiques. Un immense travail commence, la génomique fonctionnelle, pour comprendre le rôle exact des gènes, leur influence, leurs interactions, leurs silences et leurs activations. Pour l'instant, il sera difficile de dresser une carte génétique des individus pour tenter de les classer en catégories à risques dès leur naissance.
La crainte que l'homme ne soit réduit à son seul génome, peur qui a accompagné tous ces travaux sur la carte génétique, peut s'apaiser : le mystère de l'être humain reste entier. Avec aussi peu de gènes, la théorie du tout génétique et du déterminisme s'appauvrit considérablement : avec seulement trois fois plus de gènes en commun avec le ver de terre et quasiment le même génome que le chimpanzé, l'homme se fond dans le grand ensemble de la nature.
Autre vérité surprenante pour certains : la base génétique des races s'effondre. Les variations sont individuelles, aussi nombreuses au sein d'un même pays qu'entre personnes de couleur de peau différente. L'étude de ces variations vient sérieusement étayer l'hapothèse selon laquelle l'origine de l'homme est très probablement africaine.

Le Figaro, lundi 12 février 2001