Drogue : Un scientifique lausannois fait une découverte majeure

Le gène de la dépendance

Il y a des gens qui ne jurent que par le tout-est-génétique. Le chercheur François Conquet - rattaché à l'Institut de biologie cellulaire et de morphologie de l'Université de Lausanne, mais financé par la firme pharmaceutique GlaxoSmithKline - est de ceux-ci. Et sa dernière trouvaille semble lui donner raison : l'accoutumance des toxicos à la cocaïne ne serait pas une servitude psychologique, mais s'expliquerait par un gène précis. Depuis trois ans, lui et son équipe planchaient sur les gènes impliqués dans les troubles psychiatriques quand, soudain, ils sont tombés sur le gène de la dépendance. L'équipe doit la confirmation de cette intuition aux petites souris. Dans l'expérimentation, ces dernières apprennent à se nourrir d'elles-mêmes, puis la nourriture est remplacée par de la cocaïne, qu'elles s'injectent en activant une petite pédale devant la mangeoire. Quand les souris sont bien accro, le gène incriminé leur est retiré et les souris s'arrêtent, ne s'intéressant plus à la drogue. Le sevrage est automatique.

Comme éteindre l'interrupteur

Au commencement est le « système de récompenses naturelles » que chaque mammifère possède de manière innée et qui sert à préserver l'espèce. Les récompenses naturelles sont aux nombre de quatre : la nourriture, l'eau, le sexe et l'instinct maternel. Si vous avez tout cela, vous êtes un humain heureux. « Mais la prise de drogues parasite ce système, l'active de manière artificielle en faisant croire à l'organisme que la drogue est ce qu'on appelle une « Natural Reward ». L'organisme, dupé, devient alors dépendant », explique François Conquet. La cocaïne accroît le taux de dopamine qui fait circuler, grâce au glutamate, des messages de bien-être vitaux. Pour faire cesser la dépendance, il ne faut pas casser tout le système car, alors, le cobaye ne se nourrirait pas non plus, n'éprouvant plus aucun besoin.

L'intérêt de la découverte lausannoise est qu'il suffirait de désactiver le neurotransmetteur (à l'aide d'un « antagoniste » absorbable sous forme de comprimés ou de gélules) pour l'empêcher d'envoyer ce signal de satisfaction au cerveau. « C'est comme couper l'interrupteur », schématise le chercheur. Ainsi, les souris transgéniques privées du transmetteur, la protéine mGluR5, ne sont plus dépendantes de la coke, tout en continuant de s'alimenter normalement.

Comme vendre des aspirateurs

Les voies de l'industrie pharmaceutique deviennent alors pénétrables. François Conquet, mi-réaliste, mi-rêveur, voit l'immense implication que pourrait avoir sa découverte. Parce que cette protéine transmetteuse de fallacieux signaux à l'organisme s'active sous l'effet de la cocaïne, de l'héroïne, de la nicotine et de l'alcool. Le marché de la nicotine, par exemple, serait extrêmement rentable : une gélule et hop !, le lendemain matin le fumeur n'en est plus un. Et pourquoi ne pas penser à d'autres types d'addiction ? La dépendance à la hiérarchie, aux sectes et à plein d'autres choses… « Le petit hic, le petit effet secondaire est que la gélule pourrait provoquer une certaine apathie, une certaine insensibilité générale », déplore François Conquet. Merveilleux : Robert a arrêté de fumer, mais il n'aime plus ni sa femme ni ses enfants…

Dimanche.ch septembre 2001