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Le clonage humain est une dangereuse illusion.
Selon les médecins et généticiens francais, le
projet du gynécologue italien Severino Antinori de cloner des être humains doit
être combattu vigoureusement. Interview avec le Dr. Axel Kahn.
Après le professeur Seed et les Raéhens, c'est
aujourd'hui au tour du gynécologue italien Severino Antinori, déjà connu pour
avoir fait accoucher des femmes ménopausées, d'annoncer son intention de cloner
des êtres humains. Son projet: produire des embryons humains pour permettre
à des couples stériles d'avoir un enfant.
Pour le médecin et généticien français Axel Kahn,
auteur de plusieurs ouvrages sur le clonage, et membre du Comité d'éthique français,
le projet du médecin italien est à la fois irréalisable et moralement inacceptable.
Pr Kahn, le Dr Antinori peut-il réussir à créer
le premier clone humain? Non, c'est impossible pour l'instant. On a réussi
à obtenir des clones dans cinq espèces de mammifères - les brebis, les chèvres,
les porcs, les vaches et les souris - mais on n'y est pas arrivé chez les singes,
c'est-à-dire chez des primates. Comme l'homme appartient lui aussi à la famille
des primates, il y a fort à parier qu'il n'est pas davantage possible de faire
des embryons humains clonés que de faire des embryons de singes clonés. Mais
cette difficulté n'est peut-être que passagère: il y a fort à parier que dans
un certain temps - un an, deux ans, dix ans? - on saura cloner un nombre croissant
de mammifères, y compris des primates, donc des hommes. Je pense qu'il y aura
un jour des enfants clonés.
Antinori présente ses expériences comme un
ultime recours en cas de stérilité. Le clonage ne peut être un remède à la stérilité
masculine. Un homme qui aurait réussi à faire son clone n'aurait l'ait qu'un
double génétique de luimême, une sorte de jumeau, mais en aucun cas son fils.
Il existe deux autres solutions pour les couples dont l'homme est stérile: la
première est l'adoption, la seconde la fécondation de la femme avec un sperme
d'un donneur. Ces deux méthodes ont un avantage, c'est d'aboutir à un enfant
qui, comme lorsque joue la grande loterie de l'hérédité, est totalement imprévisible.
N'oublions pas qu'un homme et une femme peuvent avoir ensemble des milliards
de types d'enfants possibles.
Un couple d'Américains ayant perdu son
enfant de 10 mois expliquait, de manière poignante, pourquoi il voulait le faire
cloner: «Nous avons décidé, pour la première fois dans (histoire de l'humanité
depuis que Jésus a ressuscité Lazare, de transcender le grand gouffre de la
mort et de ramener notre bébé à la maison.» Le clonage peut-il être une forme
de résurrection? Non, c'est une illusion complète. On imagine
que l'on va ramener son enfant à la vie, mais il faut bien comprendre que le
mort restera mort. La personne qui revivra ne sera qu'un double génétique, c'est-à-dire
un être différent ayant simplement le même patrimoine génétique. Je me rappelle
la lettre bouleversante qu'une femme m'avait remise après une de mes conférences
sur le clonage: «J'ai eu à subir cette épreuve, notre enfant est mort et nous
avons décidé de mettre en route un autre enfant. Si j'avais recouru au clonage,
j'aurais commis une double trahison; d'abord envers mon enfant mort, parce qu'une
personne aimée est unique, et qu'elle ne peut être remplacée; d'autre part,
envers l'être cloné qui, tôt ou tard, aurait su qu'il n'était pas né pour lui-même,
mais uniquement pour en remplacer un autre. »
Vous dites que l'espoir de l'immortalité par
le clonage, c'est "l'illusion absolue". Mais ne peut-on pas imaginer,
en voyant le développement des silences, que l'immortalité deviendra un jour
réalité? Sur le plan scientifique, on n'est pas plus
près aujourd'hui de l'immortalité qu'on ne l'était il y a deux ou trois siècles.
L'espérance de vie de la population augmente, mais ce n'est pas parce que l'âge
maximum augmente, mais surtout parce qu'on a de plus en plus de chances de ne
pas mourir avant sa mort biologique, c'est-à-dire avant l'épuisement de
son programme biologique. Parce qu'on guérit les maladies, parce qu'on opère,
parce qu'on vaccine... Mais si vous regardez les grands vieillards, ils ont
à peu près le même âge aujourd'hui qu'autrefois. On a toujours connu des centenaires,
simplement ils sont plus nombreux aujourd'hui.
Faut-il se résigner à la mort? Du point de vue biologique, la mort joue un
rôle considérable, puisqu'elle permet l'émergence de la nouveauté. Pour que
la grande loterie de l'hérédité permette à des êtres différents d'apparaître
en permanence, il faut aussi faire place nette. Si tous les ancêtres persistaient,
on aboutirait très rapidement à ce que plus aucun enfant ne puisse naître; on
aboutirait à une société immuable et figée.
Pour ma part, je considère que la mort est
un phénomène très important, une chance tout à fait extraordinaire: elle indique
la règle du jeu à un homme et à une femme, elle leur dit que leur épanouissement,
leur itinéraire doivent s'inscrire entre un signal «début» et un signal «fin».
Ils ne peuvent pas toujours remettre au lendemain ce qu'ils veulent faire! D'ailleurs,
on le voit bien chez les vieillards, une vie qui s'étire en longueur, comme
une pièce ou un film qui s'étire en longueur, devient rapidement ennuyeuse.
Robert Habel, Le Matin, 12 août
2001
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