Mais que prépare Bruxelles ?

Préoccupée par le retard du Vieux Continent et consciente des besoins engendrés par cette nouvelle technique de mise au point de médicaments, la Commission européenne veut doter l'Union d'une véritable politique des Biotech. « Les avancées des biotechnologies vont créer de nouveaux besoins, alors autant que ce soient les entreprises européennes qui y répondent », explique Philippe Busquin, commissaire européen à la Recherche. Actuellement, les initiatives fleurissent au niveau des Etats membres, sans véritable concertation. L'exemple du réveil de l'Allemagne est ainsi spectaculaire. Le programme BioRegio, animé conjointement par l'État fédéral et les Länder, a doté le pays d'un véritable tissu de Biotech. Mais ce programme ambitieux ne s'applique qu'à l'échelle d'un pays. « L'Europe doit être proactive et adopter une politique concertée dans ce domaine, cela devient une priorité», ajoute le commissaire à la Recherche. Aussi, les différents chefs d'Etat européens réunis lors du dernier sommet de Stockholm en décembre 2000 ont-ils commandé au président de la Commission un « plan d'action dans les biotechnologies ». « Il sera lancé en mars 2002 à Barcelone alors que l’Espagne occupera la présidence de l'Union », précise Philippe Busquin. En attendant, six groupes de travail remettront avant la fin de l'année un dossier complet à Romano Prodi. Celui-ci devra aborder les questions relatives à la bioéthique, à la recherche, à l'OMC, sans oublier l'épineux sujet de la propriété intellectuelle. Ce rapport tentera également quelques avancées sur la structure des entreprises et leur financement. Dans ce dernier domaine - et cela est nouveau -, l'Europe n'est pas en reste. Les entreprises du Vieux Continent ont levé en 2000 la somme record de 5,5 milliards de dollars, soit cinq fois plus qu'en 1999. Les financements par le capital risque ont doublé et les introductions en Bourse ont rapporté dix fois plus. Dans ce contexte, les aides ponctuelles de la Commission laissent les industriels sur leur faim. Ils voudraient, à l'instar des Etats-Unis, davantage d'aides de l'Union. Les représentants de la recherche industrielle présents à la préparation du 6e plan cadre de recherche et développement (PCRD) ont ainsi tiré la sonnette d’alarme : « L’UE est en retard en matière de financement par rapport aux Etats-Unis, la Commission propose d’investir deux milliards d’euros dans la génomique et les biotechnologies médicales pour la période 2002-2006 tandis que le budget américain annuel dans le même domaine s’élève à 700 millions d’euros. »
Concernant les risques des biotechnologies, en revanche, Commission et industriels sont unanimes. Ils estiment « qu’en matière de médecine préventive, une plus grande attention doit être portée aux dangers potentiels qu’impliquent les biotechnologies, comme par exemple la production par inadvertance de supervirus par les biotechniciens ». Le rapport de Gérard Caudron devrait être adopté par la Commission en septembre ou en octobre et être soumis au vote lors d’une session plénière dans le mois qui suit.

Eric de La Chesnais, Le Figaro économie, 16.07.2001