Blé transgénique : une décision plus politique que scientifique

Tout interdire risque d'obliger les chercheurs à conduire leurs expériences à l'étranger. Le mieux serait de juger au cas par cas.

Malgré l'avis des commissions, offices et experts consultés, l'Office fédéral de l'environnement, des forêts et du paysage (OFEFP) refusait, le 20 novembre dernier, d'accorder son autorisation à un essai en plein air impliquant du blé transgénique. Au sein du monde scientifique, l'incompréhension est grande face à la réaction de l'OFEFP.

Pour le D, Rolf Marti, collaborateur scientifique à l'Académie suisse des sciences naturelles (ASSN), «Philippe Roch aurait été mieux compris s'il avait invoqué dans son argumentation l'anxiété ressentie par la population face au génie génétique. Une décision d'ordre politique aurait été beaucoup mieux acceptée par la communauté scientifique.»

SÉCURITÉ TESTÉE

Car personne ne semble vraiment considérer comme dangereux l'essai refusé par l'OFEFR A l'Ecole polytechnique fédérale de Zurich, Christof Sautter détaille son projet, aujourd'hui complètement paralysé. «Les plantes transgéniques devaient être cultivées pur seize surfaces d'un demimètre carré chacune et recouvertes  d'une tente. Sur demande de l'OFEFP, nous avons notamment testé la résistance de ces tentes au vent. Les premières fissures ne sont apparues qu'à partir de 120 km/h.»

«Jusqu'à présent, le débat sur le génie génétique s'est plus ou moins limité au pour ou contre», reprend François Felber, privat-docent à l'Institut de botanique de l'Université de Neuchâtel. Son équipe, qui tente d'évaluer les risques de croisements entre des plantes génétiquement modifiées et leurs parentes sauvages, a mis en évidence des croisements entre le froment (Triticum aestivum) et l'égilope cylindrique (Aegilops cylindrica), une graminée sauvage rare en Suisse.

A L'ÉTRANGER

«Pour aller plus loin, il nous faudrait maintenant mener ces expériences avec des plantes transgéniques», explique le chercheur. Déçue par le récent refus de l'OFEFP, l'équipe neuchâteloise envisage de réaliser ses essais en plein air à l'étranger. Une solution potentiellement dangereuse! En effet, les chercheurs neuchâtelois ont noté des risques très différents en fonction de la région géographique. Les résultats d'essais menés en Californie, par exemple, pourraient ne pas être transposables à la Suisse, où règnent d'autres conditions.

A l'ASSN, on déclare partager « le point de vue de l'OFEFP selon lequel des lacunes très importantes existent sur le plan des connaissances que présupposerait la dissémination de plantes génétiquement modifiées».

Il faudrait cependant juger différemment de petits essais très contrôlés, comme celui que proposait l'ETH, et une dissémination à plus large échelle, voire une production commerciale.

AU CAS PAR CAS

Pour D. Schuemperli, professeur à l'Institut de biologie cellulaire de Berne et président du Forum recherche génétique, «en refusant un moratoire total, la Suisse a choisi un chemin politique qu'elle doit aujourd'hui suivre de manière cohérente. Ce chemin appelle un jugement au cas par cas.» Le stade du pour ou contre semble désormais bien révolu.

La Liberté, 21 novembre 2001, ATS