L’ADN, une aide précieuse de la police fribourgeoise

De plus en plus difficile, pour un voleur ou un violeur, d’échapper à la traque de la police. Grâce aux analyses d’ADN, les limiers parviennent à établir le profil biologique d’un malfrat avec une redoutable précision. Il leur faut peu de chose : une trace de salive, de sang ou de sperme suffit. Dans cet exercice, la police fribourgeoise se montre très efficace. En onze mois, elle a identifié ainsi 19 prévenus.

Extraits :

Julien Chable, chef du service d'identification, plaide pour le fichage des auteurs de vols par effraction, brigandage ou viols. « Depuis la constitution de la banque de données fédérale en août 2000, soit un mois après la mise en vigueur de l'Ordonnance fédérale sur le système d'information fondé sur les profils d'ADN, les services de police ont déjà fiché 5000 délinquants», explique le commissaire technique. «Sur 600 nouvelles traces d'ADN introduites depuis la création du fichier, environ 190 ont donné des résultats. Parmi ces dernières, 123 ont pu être identifiées et 67 liens établis entre différents délits commis dans plusieurs cantons.»
Le commissaire technique qualifie d'incroyable pareil résultat en onze mois seulement. Le canton de Fribourg, avec 19 identifications pour la même période, fait figure de leader dans ce projet pilote qui doit durer jusqu’en 2004, loin devant les autres cantons. Selon l’état des lieux dressé en mai 2001, GE ou le JU n’ont identifié qu’une seule personne.
Confidentialité assurée
Avant l’entrée en vigueur de l’ordonnance fédérale, la Police de sûreté utilisait déjà le profil ADN comme élément de preuve. Mais la comparaison ne pouvait être faite que lorsqu’un suspect était appréhendé et à une échelle beaucoup plus restreinte. Faut-il vraiment s’enthousiasmer devant ce fichier qui flaire la civilisation « Big Brother » où tout le monde serait fiché ? « Certains milieux politiques ont déjà manifesté leur opposition au fichage des profils ADN », constate J. Chable. « Mais il faut rappeler une chose. L’identification des personnes n’est pas faite à partir de fragments d’ADN qui codent pour la couleur des yeux ou certaines maladies. L’analyse se concentre uniquement sur des séquences « non codantes » que l’on appelle intermédiaires et dont la longueur est propre à chaque individus. »
En plus, la signature établie est formée à partir des lettres désignant le sexe (XX ou XY) et une suite de chiffres. Le laboratoire qui effectue ce travail ne connaît ni les identités, ni les circonstances de l’enquête.

Comment on procède…
Le Service d’identification judiciaire comporte en tout douze personnes, dont neuf assurent un service de piquet 24 heures sur 24, sept jours sur sept. Lorsqu’un drame survient, le Centre d’engagement et d’alarme ou la patrouille de police demande leur intervention. Sur place, les agents spécialisés recueillent sur des cotons-tiges des traces de sang, larmes, sperme ou autres tissus comportant des cellules humaines. L’agent imbibe ensuite le coton d’eau distillée et place le bâtonnet dans une petite boîte d’allumettes. Le carton est préféré au plastique parce qu’il laisse « respirer » le prélèvement effectué. Sur la boîte, le policier indique le numéro d’affaire et la scelle avec un cachet avant de l’envoyer à l’Institut de médecine légale chargé des analyses. Le délai d’attente des résultats est de quinze jours mais il peut être raccourci à une semaine en cas d’urgence.

Pierre-André Sieber, La Liberté, 20.07.2001