De la recherche aux applications : on progresse en génétique

Berne - Génétique 2000 a démarré hier dans un « village du gène » installé sous tente près du Palais fédéral. Objectif : promouvoir le dialogue entre les scientifiques et le public, dans un domaine où les applications économiques vont profiter d’une recherche universitaire de pointe.

Le « village du gène » invite le passant à lire des panneaux illustrés, se pencher sur des expériences et questionner les chercheurs présents sur la génétique. Il y a la médecine, l’agriculture, le jardinage et même l’agro-alimentaire avec un volet gastronomique. De quoi s’informer sur une recherche qui inquiète encore.

Ça bouge depuis 1996
Présentant à la presse cette Journée (des manifestations similaires ont lieu à Bâle, Zurich et Genève jusqu’à mi-mai), les milieux de la recherche ont fait le point. Adrian Sigrist, responsable du transfert technologique des universités de Berne et Zurich, a constaté l’évolution de la biotechnologie en Suisse ces quatre dernières années. Depuis 1996, les petites entreprises « start-up » actives spécifiquement dans la biotechnologie de pointe sont passées de 11 à 37, et opérant principalement dans ce secteur de 65 à 117. « Ainsi la Suisse prend une position avantageuse au niveau international, malgré sa petite taille », note Adrian Sigrist.

Argent, débouchés, locaux
Dominik Escher peut en parler : il a créé une entreprise « spin-off » en sortant de l’Institut de biologie moléculaire de Zurich. Ayant constaté de fortes similitudes dans les mécanismes génétiques chez l’homme et dans la levure, il utilise la levure comme organisme modèle pour produire des précurseurs de médicaments (maladie d’Alzheimer, cancers).
Son entreprise a eu de la chance. Lauréate du concours Venture 98, ses plans ont reçu le soutien de la Commission pour la technologie et l’innovation, ainsi qu’un financement de Novartis. Elle a pu ensuite mener un projet sur Alzheimer avec Hoffmann-La Roche. Mais elle s’agrandit et Zurich peine à lui trouver d’autres locaux.

OGM : Pas de frontière
« La recherche académique suisse en biologie moléculaire est à la pointe mondiale : il faut profiter de ce potentiel en facilitant le passage des projets universitaires vers la recherche appliquée », souligne Dominik Escher, qui appelle à une politique économique allant dans ce sens, que tente de promouvoir Adrian Sigrist à Zurich et Berne.
Luzius Wasescha, coordinateur au niveau fédéral des questions liées à la génétique, a évoqué le contexte international. Pour dire que la génétique, notamment dans ses applications agricoles, ne pouvait être réglementée sur le plan national : « Les produits génétiquement modifiés entreraient en Suisse même s’ils y étaient interdits ».

« Gen-lex » en point de mire
Cette image vaut aussi pour la recherche, l’économie, le commerce ou la législation : c’est par l’ouverture et le dialogue, au niveau international, qu’on définira un cadre de recherche satisfaisant pour tous les acteurs concernés, « tout en restant cohérent avec la protection de l’homme et de l’environnement », précise Luzius Wasescha.
Rappelons que le parlement a reçu, début mars, le projet « genlex », qui doit compléter la législation en matière de génie génétique dans le domaine non humain. L’Union suisse des paysans vient d’exiger, contre le Conseil fédéral, un moratoire de dix ans pour toute recherche hors laboratoire sur des organismes génétiquement modifiés.

La Liberté, samedi 29 avril 2000, François Nussbaum