Le "père" de Dolly soutient Tony Blair et le clonage humain à des fins thérapeutiques. « Il ne s'agit pas de faire des bébés »

Tony Blair a rouvert la boîte de Pandore. En annonçant qu'il soumettrait un texte au parlement autorisant le clonage humain à des fins thérapeutiques, il s'est attiré de vives critiques. Mais il a des alliés. Parmi eux, Ronald James, "père" de la brebis Dolly.

S'il est un domaine où les esprits sont prompts à s'enflammer, c'est bien celui des biotechnologies et du clonage. Cette semaine n'a pas failli avec la décision du premier ministre britannique Tony Blair de soumettre au parlement un texte autorisant le clonage d'embryons humains à des fins scientifiques.
Nous avons donné la parole à l'un de ces scientifiques et qui plus est, chef d'entreprise : Ronald James. PPL, sa société basée près d'Edimbourg, a produit Dolly en 1996, le premier mammifère cloné. En mars dernier, 5 porcelets clonés ont été mis au monde dans le cadre de recherches pour la xénotransplantation (greffe d'organes de l'animal à l'homme).

Interview de Ronald James :

Qu'attendez-vous du débat que le vote du parlement ne manquera pas de susciter cet automne ? Je souhaite une clarification des enjeux. Contrairement à ce que l'on a pu entendre un peu partout dans les médias, personne ne cherche à reproduire un embryon humain entier. Il ne s'agit pas d'obtenir des bébés par clonage. Les travaux entrepris visent à prélever des cellules sur un patient pour former un embryon et le cultiver in vitro. Finalement, les cellules obtenues doivent être réintroduites sur le même patient. Cette technique pourrait par exemple déboucher sur un traitement de la maladie de Parkinson. Je ne suis pas sûr que le public ait bien compris cela. Pourtant, cela pourrait directement concerner chacun d'entre nous.

Adresseriez-vous des reproches aux médias ? Ils profitent de ce sujet très sensible pour faire du sensationnel. Il est beaucoup plus sexy de mettre en avant tous les dangers non prouvés que de parler de ce qu'on sait. Leur approche est biaisée, malhonnête même.

Cependant, que répondez-vous aux personnes qui s'opposent à ces recherches au nom de l'éthique ? J'avoue que je ne comprends pas bien ces critiques. Les gens qui ne trouvent rien à redire aux croisements entre races de chiens pour l'obtention d'animaux plus beaux ou qui courent plus vite, ne devraient pas davantage s'opposer aux modifications génétiques, car en définitive il s'agit ni plus ni moins de la même chose; quoique les animaux génétiquement modifiés destinés à la production de médicaments soient beaucoup plus utiles que les beaux chiens.
De la même façon, ceux qui mangent de la viande, ne devraient pas être contre la xénotransplantation. Il est même plus utile de se servir d'un foie de cochon pour une greffe et de sauver un homme, que de le faire rissoler à la poêle.

La greffe du cochon à l'homme pourrait-elle déboucher sur la transmission de maladies porcines aux humains ? Ce sont en général les sceptiques qui formulent ainsi le problème. La seule chose dont nous pouvons être sûrs à 100 %, c'est que nous mourrons tous un jour. Aussi, dans toute chose, il nous faut peser le risque encouru et les avantages attendus. La circulation automobile fait des milliers de morts par an; pourtant personne ne songe à interdire les voitures, parce qu'elles sont très pratiques. Ceci s'applique aussi aux téléphones portables qui ont peut-être des effets nocifs sur la santé. Mais les doutes que l'on a ne sont pas assez fondés pour les retirer du marché.
En revanche, dans le cas du Concorde, je soutiens la décision de British Airways de suspendre les vols, car il y a d'autres moyens de traverser rapidement l'Atlantique sans risquer l'éclatement d'un pneu, fatal non seulement pour les passagers, mais aussi pour les gens qui se trouvent dans l'axe de la piste.

Mais avec les biotechnologies, n'est-on pas en face de risques d'une toute autre nature ? Les téléphones portables peuvent être stoppés du jour au lendemain si nécessaire. Ce ne serait pas forcément le cas avec une épidémie inconnue transmise par une greffe porcine…
Non, je considère que tous ces risques sont sur la même échelle; et les scientifiques évaluent assez bien leur ampleur. Dans les années 1960, la communauté scientifique s'était imposé un moratoire de quelques années sur les modifications génétiques parce qu'elle était consciente qu'en l'état de ses connaissances, elle se serait aventurée sur un terrain trop dangereux. Je vous ferais aussi remarquer que ce n'est pas Greenpeace ou d'autres groupes de pression qui ont publié une étude prouvant que des virus porcins pouvaient être transmis à des souris démunies de défenses immunitaires, mais des scientifiques. Leur travail va d'ailleurs nous donner des idées pour mener des tests de sécurité supplémentaires. En revanche, l'épidémie de la vache folle, elle, est bien la faute des politiques qui n'ont pas écouté les experts.

Si un risque important se vérifiait, est-ce qu'une entreprise privée, la vôtre par exemple, pourrait faire face à ses responsabilités ? PPL n'entamera pas d'essais sur l'homme avant quatre ans. Nous avons donc le temps pour contracter une police d'assurance. Lorsque notre technique sera commercialisée, elle aura été approuvée par les autorités sanitaires. Aussi, toute la responsabilité n'échoira pas sur PPL. De toute façon, si nous devons payer de lourdes primes d'assurance, elles devront être répercutées sur les prix. En définitive, la charge revient à la communauté. Enfin, remarquez bien que les fabricants américains de tabac ne sont pas poursuivis pour avoir commercialisé des cigarettes. On leur reproche de n'avoir pas informé les consommateurs après qu'ils eurent découvert la nocivité des cigarettes. De la même façon, PPL pourrait être poursuivie dans le cas où des résultats d'expériences défavorables seraient dissimulés. Mais ce n'est pas le genre de la maison.

Jean-Louis Richard

Six porcelets clonés

Une équipe américano-japonaise a annoncé dans la revue "Science" avoir cloné un porcelet femelle. Cinq autres porcs ont été clonés par un groupe de chercheurs de PPL Therapeutics. La réussite de l'opération avait été annoncée en mars dans la presse populaire mais les travaux n'ont été publiés que mercredi par l'édition électronique de la revue "Nature".
Le porc est considéré comme la meilleure espèce pouvant fournir à l'homme des organes de remplacement comme le cœur, le foie ou le rein. «Les organes du porc ont une taille équivalant à ceux de l'homme adulte et se prêtent bien aux transplantations chirurgicales », souligne M. Perry.
Michael Bishop, président de la société de recherche sur le clonage Infigen, estime que le clonage réalisé par l'équipe de M. Perry est une « réelle percée » car elle montre que les problèmes rencontrés dans le clonage du porc ont été résolus.
Mais avant de pouvoir éventuellement utiliser le porc pour des xénotransplantations, de nombreux obstacles devront être surmontés. « Il faudra modifier les gènes du porc afin que l'organe transplanté ne soit pas rejeté », souligne M. Perry, pour qui il pourrait falloir plusieurs générations de clones pour éliminer les gènes suscitant le rejet.
Un autre frein sérieux est le risque de transmission de virus du porc à l'homme qui pourraient provoquer chez ce dernier l'apparition de nouvelles maladies infectieuses. Une étude américaine menée par le Dr Daniel Salomon de l'Institut de recherches Scripps et publiée mercredi par la revue "Nature" vient renforcer ces craintes. Dans cette étude, des souris greffées avec des tissus de porcs ont été infectées par un virus de l'animal donneur. Mais les souris sont restées en bonne santé et le virus s'est apparemment peu multiplié avant d'entrer en sommeil.

AP

« Inacceptable au plan éthique »

Le docteur en biologie Jacques Montagut juge que le clonage de l'embryon humain à des fins thérapeutiques atteint « l'inacceptable au plan de l'étique ». Membre du comité consultatif national en matière d'éthique, sorte de conseil des sages appelé à se prononcer sur les grandes questions soulevées par la recherche, Jacques Montagut avait lancé en 1999 un appel pour que soit créé un comité européen de vigilance face au clonage humain.
Sur les ondes de la radio française RFI, il a dénoncé hier la « chosification de l'embryon » en Grande-Bretagne. Dans sa mise en garde contre d'éventuelles « dérives commerciales », le Dr Montagut a insisté sur celles qui seraient liées à « la recherche de donneuses d'ovocytes ». L'ovocyte - cellule sexuelle femelle qui se transforme en ovule - est indispensable à la fabrication d'embryons à but thérapeutique. Or, souligne le Dr Montagut, il y a déjà « pénurie » de dons d'ovocytes à des fins de reproduction. Les « intentions de brevets pour cloner l'embryon humain » constituent, selon le biologiste français, un risque supplémentaire de dérives. Jacques Monagut affirme que, si le Parlement britannique approuve la proposition du Gouvernement Blair, la Grande-Bretagne se trouvera « en contradiction complète avec l'article 18 de la Convention européenne des droits de l'homme et de la biomédecine dans laquelle il est clairement inscrit que la constitution d'embryons à des fins de recherche est interdite ».
« La recherche sur l'embryon est pratiquement impossible à réaliser en France », rappelle le membre du comité national en matière d'éthique. Toutefois, alors que la loi française de bioéthique doit être révisée, « tout le monde est d'accord pour dire qu'il faut ouvrir une brèche », a-t-il déclaré. Le Dr Montagut préconise que ces recherches se limitent aux « embryons dits surnuméraires, abandonnés de leur projet parental, voués donc à leur destruction et avec l'accord évidemment du couple géniteur ».

AP

L'Allemagne ne veut pas du clonage humain

L'Allemagne ne veut pas du clonage d'embryons humains à des fins thérapeutiques. La ministre de la Santé, l'écologiste Andrea Fischer, s'est dite hier opposée à cette idée.
« Nous devrions dire une bonne fois pour toutes : nous ne voulons pas que l'on fasse des recherches sur les embryons humains », a déclaré Mme Fischer sur une chaîne de radio. « L'argument de l'utilité ne suffit pas en soi. Il faudra toujours peser le pour et le contre face à un possible danger », a-t-elle ajouté. Les parlementaires allemands ont engagé au printemps une discussion sur le sujet, afin d'adapter aux évolutions de la science une loi vieille de dix ans. Mme Fischer a appelé à « ne pas prendre de décision précipitée » sous la pression du débat en Grande-Bretagne, qui pourrait devenir la première grande nation au monde à financer le clonage humain par des fonds publics.

ATS/AFP La Liberté, le 18.08.2000