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La recherche sur les OGM crie
famine
L'impact des plantes modifiées sur l'environnement est insuffisamment étudié pour étayer
la décision de prolonger ou non le moratoire.
Mais où sont passés les 10 millions de francs accordés à l'étude de l'impact
des organismes génétiquement modifiés (OGM) sur l'environnement ? La semaine dernière,
l'enveloppe de cette Action concertée incitative (ACI), lancée l'an passé par le ministère
de la Recherche, pour une période de trois ans, faisait figure d'Arlésienne. « J'essaie désespérément
de faire passer ce programme », confiait, au généticien Pierre-Henri Gouyon, un fonctionnaire
de ce ministère inquiet de n'en trouver aucune trace dans les documents relatifs à la préparation
du budget 2001 et notamment dans les crédits du Fonds national de la science (FNS) qui gère ce type
de financements.
Après avoir annoncé, en pleine crise de la vache folle, un triplement de l'effort de recherche sur
les encéphalopathies spongiformes, qui passe de 70 à 210 millions de francs (nos éditions
du 24 novembre 2000), le ministère était-il tenté de sacrifier, en catimini, les OGM sur l'autel
du prion ? Apparemment non puisque, vendredi soir, lors de l'examen par le Sénat du budget de la recherche
2001, le gouvernement déposait un amendement dans lequel il demandait que l'enveloppe « vache folle
» soit abondée par des crédits supplémentaires.
Contacté par Le Figaro, un responsable de la direction de la recherche au ministère, nous assurait,
vendredi que « l'ACI sur les OGM n'avait fait que changer de tiroir et qu'il n'avait jamais été
question de la supprimer ». En d'autres termes, elle aurait été déplacée sur
une autre ligne budgétaire et serait donc passée inaperçue du fait de ce simple jeu d'écriture.
A l'heure où le ministre de la Recherche, Roger-Gérard Schwartzenberg, souhaite l'émergence
d'une véritable « démocratie scientifique » où « les citoyens seront appelés
à décider sur les grands enjeux scientifiques et technologiques » (nos éditions des
2 et 3 décembre 2000), on n'ose, en effet, imaginer que ces services aient été tenté
de rayer d'un trait de plume des recherches qui concernent un sujet aussi sensible aux yeux de l'opinion…
Quoiqu'il en soit, cette affaire met en lumière le manque de moyens accordés aux chercheurs qui tentent
de mettre en évidence l'impact, positif ou négatif, des cultures transgéniques sur l'environnement.
Surtout si l'on compare aux 350 millions de francs accordés par l'Etat (sur un budget global de 1,4 milliard
de francs sur cinq ans) à Génoplante, un réseau d'établissements de recherche publique
(Inra, CNRS, Cirad, IRD) et d'entreprises semencières dont l'objectifs est d'identifier et de valoriser
des séquences intéressantes de génomes végétaux. « Si l'on fait des recherches
en amont pour créer des OGM, faisons-les dans tous les domaines et pas seulement en biologie moléculaire
», s'insurge Pierre-Henri Gouyon, qui propose qu'un pourcentage fixe du budget de Génoplante soit
consacré à l'étude de l'impact des plantes transgéniques sur la santé et l'environnement.
L'affaire du maïs américain StarLink commercialisé par la société Aventis, dont
un groupe de scientifiques réunis par l'Agence américaine de protection de l'environnement (EPA),
a confirmé, mardi dernier, le pouvoir allergène, illustre la priorité qu'il convient d'accorder
à ces problématiques.
« Le paradoxe est que ces 10 millions de francs ont suffi à financer, cette année, l'essentiel
des projets qui ont été soumis dans le cadre de l'ACI, poursuit Pierre-Henri Gouyon. Cela signifie
que notre communauté de chercheurs est trop petite. Pour susciter des vocations, il faudrait mettre des
moyens conséquents."
Résultat : le gouvernement va devoir se prononcer d'ici à la fin de l'année sur la poursuite
ou l'arrêt moratoire imposé depuis deux ans aux cultures de colza et de betteraves transgéniques,
sans disposer de tous les éclairages scientifiques nécessaires. Le Centre technique des oléagineux
métropolitains (Cetiom) a d'ailleurs dû se substituer à la défaillance de l'Etat en
finançant en grande partie avec des taxes parafiscales prélevées sur les ventes des agriculteurs,
des essais en plein champ destinés à évaluer l'impact de ces colzas sur l'environnement. Pour
ne rien arranger, l'une de ces expérimentations, localisée à Gaudiès en Ariège,
a été détruite à deux reprises par des militants anti-OGM (nos éditions du 5
septembre 2000). Le citoyen, qui est en droit d'attendre une information claire et objective sur la dangerosité
réelle ou supposée des OGM, peut toujours patienter…
Le Figaro, 11 décembre 2000, Marc Mennessier
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