|
ALIMENTATION - Après la
décision du Conseil d'Etat
A la suite de l'arrêt rendu mercredi après-midi par le Conseil d'Etat (nos éditions du 23 novembre
2000), autorisant à nouveau la culture en France de trois variétés de maïs transgénique
de la société Syngenta (ex-Novartis Seeds), le gouvernement français a annoncé hier
qu'il fallait faire réaliser un bilan des études sur ces maïs OGM afin d' « apprécier
si le principe de précaution conduit à revenir sur l'autorisation » de culture de ces maïs.
Dans ses considérants, le Conseil d'Etat indiquait, en effet, qu'en cas d'élément nouveau
sur le risque sanitaire ou environnemental, le ministère de l'Agriculture avait la possibilité d'abroger
son arrêt. Hier, les commentaires les plus contradictoires circulaient sur la réalité supposée
d'une menace transgénique déferlant sur l'Hexagone.
Chez Syngenta comme à l'Association des producteurs de maïs (APGM), on considère la décision
comme un « non-événement », pour au moins deux raisons. D'abord, parce que le maïs
transgénique est déjà autorisé pour douze variétés, l'autorisation de
trois variétés supplémentaires ne changeant rien sur le fond.
Ensuite, parce que les producteurs français de maïs refusent de planter des OGM, comme l'explique Christophe
Labarde, leur porte-parole : « Peu importe que la loi autorise les OGM car, de toute façon, les consommateurs
n'en veulent pas. Il n'y a pas de maïs transgénique cultivé en France parce que le marché
n'en veut pas. La décision du Conseil d'Etat n'y changera rien. » Si les OGM sont malgré tout
un jour développés par Novartis, ce ne pourrait être que pour l'exportation vers l'Espagne
ou les Etats-Unis.
Greenpeace et les Verts affirment le contraire, mais on ne cultive pas de maïs transgénique en France
selon le ministère de l'Agriculture, qui explique : « Après quelque 2'000 hectares en 1998,
la surface de maïs OGM cultivée en France était l'an dernier de moins de 80 hectares expérimentaux,
sur un total de 3,2 millions, ce qui explique l'existence de traces d'OGM de l'ordre de 0,0025 %. »
Alors comment expliquer la réaction de certaines organisations après l'arrêt du Conseil d'Etat
? « Quand on regarde les résultats scientifiques, on se rend compte que le débat public sur
les OGM est aujourd'hui dénué de toute rationalité. La psychose de la vache folle est trop
présente pour que l'opinion prenne le temps d'aborder les vrais arguments », explique Marie-Thérèse
Dentzer, porte-parole de l'Institut national de la recherche agronomique (Inra).
Le premier secrétaire du Parti socialiste François Hollande a rappelé hier son refus des cultures
OGM, en estimant que « ce serait un comble » d'accepter ces cultures, « alors même que
nous venons de refuser les farines animales ». Si la maladie de Creutzfeldt-Jakob (nv-MCJ) a contaminé
à ce jour quatre-vingt-quatre Britanniques, trois Français et un Irlandais, pas un seul cas d'allergie
n'a encore été recensé à la suite de l'ingestion de maïs transgénique.
Rappelons que les Américains, qui autorisent les OGM, fournissent 80 % du maïs mondial. Un spécialiste,
qui souhaite conserver l'anonymat, conclut : « Le gouvernement français, échaudé par
la vache folle, veut médiatiser son refus du maïs transgénique, mais il oublie de dire aux Français
qu'il les laisse manger depuis des années plusieurs millions de tonnes de soja importées des Etats-Unis,
et donc transgéniques pour une bonne part… »
Le Figaro, 24 novembre 2000, Bérengère Mathieu de Heaulme et Marc Mennessier
|