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L'éthique au cœur du management.
L'éthique comme symbole des entreprises du XXIe siècle. Plus que jamais, la responsabilité
morale de l'entreprise et des dirigeants est une valeur de pérennité pour l'entreprise dans un contexte
concurrentiel fort. La mondialisation met sur le même plan des entreprises de tous horizons, de culture diverse,
qui pour rester visibles doivent véhiculer des messages forts. Et chaque décision du manager, reflet
de sa propre éthique, rejaillit sur l'entreprise. Au-delà d'un simple jeu de communication et de
marketing, l'éthique est devenue un véritable facteur de simulation interne dans l'entreprise. En
adhérant aux valeurs défendues par le dirigeant, les salariés contribuent à créer
une entreprise unie dans l'action. Le manager éthique fera ainsi l'objet du colloque organisé demain
par le CPA (Centre de perfectionnement aux affaires) à la Chambre de commerce et d'industrie de Paris.
Phénomène qui dépasse le simple mouvement de mode, l'éthique s'est introduite dans
l'entreprise. Parfois même sous la forme d'un comité qui contrôle les décisions et actes
des dirigeants. Aujourd'hui, l'entreprise est plus qu'un acteur économique, elle est devenue le reflet des
préoccupations et des exigences de la société. A charge d'assumer ses choix et ses conséquences
sur le plan humain et social.
Comment concilier dès lors une logique de marché et une exigence morale ? Pour certains, la question
demeure. Car, sous couvert d'éthique mise en avant dans les discours, certains dirigeants continuent dans
les faits à se conduire sans foi ni loi. Pour preuve, les nombreuses poursuites pénales à
l'encontre de chefs d'entreprise accusés d'abus de biens sociaux. " Certains dirigeants n'hésitent
pas à promouvoir une éthique dans leurs discours mais qui en réalité masquent parfois
des comportements qui le sont moins ", estime Jacques Delga, professeur à l'Essec, avocat à
la cour d'appel de Paris.
Toutefois, toutes les entreprises n'adoptent pas la même position face à l'éthique. Jean-Loup
Dherse, ancien vice-président de la Banque mondiale, membre du centre entreprises de Ganagobie, président
de l'Observatoire de la finance à Genève, en distingue trois. Il y a les entreprises qui se servent
de l'éthique, celles qui le sont intrinsèquement. " Nous sommes dans une époque où
la pression de la concurrence est très forte et où les progrès technologiques sont très
rapides, constate Jean-Loup Dherse, et l'enjeu consiste à rechercher le bien commun, c'est-à-dire
à rechercher simultanément le bien de chacun et le bien de tous. " Le manager éthique,
en insufflant sa propre vision, en soutenant sa propre vision, en soutenant son opinion au travers de ses actes
et de ses décisions, favorise l'émergence d'une cohésion sociale au sein de ses collaborateurs.
" L'entreprise, aujourd'hui, est devenue un véritable acteur de la société, son champ
d'action s'est élargi et n'est plus strictement économique, observe M. Mockly, membre du comité
directeur de l'Acadi. Elle doit prendre en compte l'environnement dans lequel elle évolue et a donc une
responsabilité et une moralité à défendre. C'est pourquoi le manager ne peut plus seulement
résonner à partir de critères économiques, il doit également prendre en compte
les conséquences induites sur son environnement proche et sur la société. "
Le manager éthique doit donc développer un certain nombre de qualités telles que le respect
de l'autre, l'honnêteté, l'écoute, la transparence, la responsabilité.
Au-delà du rôle social qui lui incombe, l'entreprise doit aussi défendre ses valeurs dans un
monde complexe où le multiculturel est devenu la norme. Accepter la différence pour trouver sa place
dans l'environnement est l'une des priorités du manager éthique.
Interview : Michel Horps Président de Rel partenaires
et de l'Acadi Association des cadres dirigeants de l'industrie
Quel est l'enjeu de l'éthique ? Les managers ont une véritable exemplarité à défendre. Le dirigeant
éthique doit adhérer aux valeurs qu'il met en avant dans l'entreprise, telles que l'honnêteté,
l'équité, la prudence, la transparence. Aujourd'hui, cette soif d'éthique comme d'autres aspirations
telles que l'environnement, la sécurité, l'intégrité, émane de la société,
des citoyens. Les managers du futur doivent répondre à cette demande pour remplir leur rôle
social. L'enjeu pour les entreprises consiste à être efficaces, performantes, mais sans négliger
les attentes de la société. La concurrence ne doit pas conduire les dirigeants à se détourner
d'une certaine morale.
Comment faire passer l'éthique dans l'entreprise ? Il faut différencier l'éthique de l'entreprise et l'éthique personnelle du dirigeant. Le manager
éthique doit prendre conscience des règles du jeu en vigueur dans l'entreprise, de façon à
les respecter ou à les faire évoluer. Sur le plan personnel, il doit avoir diriger en respectant
les personnes, sans autoritarisme exacerbé. L'intérêt de l'entreprise repose sur le respect
des personnes qui la composent. Et le manager doit savoir donner l'exemple par son comportement.
L'éthique n'est pas du goût de tout le monde ? La pression des marchés, des actionnaires, est forte pour les entreprises. Mais une catégorie de
cadres, les plus jeune en particulier, est attentive au management et a son comportement éthique. Par ailleurs,
le " rating éthique ", pratique d'évaluation répandue aux Etats-Unis depuis quelques
années, fait son arrivée en France, et les investisseurs, notamment les fonds de retraite, se montrent
assez sensibles à ce genre de notation. Les experts jugent les relations sociales, l'environnement, les
relations avec les clients et les fournisseurs, les relations avec les actionnaires. La " notation éthique
" des entreprises pourra influencer le comportement des investisseurs et donc le cours de la Bourse.
Le Figaro, lundi 26 juin 2000, Frédérique Valat |