DIABÈTE - Un appareil "intelligent" qui doit faire ses preuves

Les débuts du pancréas artificiel

Annoncée comme l'implantation d'un "prototype de pancréas artificiel" par une équipe de diabétologues de l'hôpital Lapeyronie de Montpellier (Hérault), une intervention réalisée le 24 octobre dernier chez un malade diabétique a été rendue publique hier. Le dispositif comporte deux parties entièrement implantées, un détecteur du niveau de sucre dans le sang (capteur de glucose) et une pompe à insuline. A ce stade de l'essai, elles ne sont pas solidarisées l'une à l'autre, mais l'objectif final est que la pompe, asservie au capteur, administre tout au long des 24 heures les doses d'insuline nécessaires au patient en fonction du taux sanguin de sucre.

Si le rêve est bien sûr de reléguer au grenier piqûres au doigt, bandelettes et seringues à insuline, les diabétologues remarquent, et ils y insistent, qu'il existe un traitement certes contraignant, mais efficace du diabète, qui assure chaque jour le maintien en vie des malades. Pour s'y substituer, un dispositif devra faire la preuve d'une fiabilité à toute épreuve, à court et à long terme.

L'implantation a été effectuée le 24 octobre par les professeurs Jacques Bringer et Eric Renard, au Centre hospitalo-universitaire de Montpellier (Hérault). A terme, si des essais conduits sur de nombreux malades et avec un recul suffisant sont concluants, le dispositif s'adresserait aux diabétiques insulinodépendants définis par les médecins comme "difficiles" ou "très difficiles", c'est-à-dire tellement instables que même une surveillance (par piqûres au doigt et bandelettes) très répétée dans la journée ne permet pas au malade d'ajuster les injections d'insuline de façon adéquate. Il y a en France 150'000 diabétiques insulinodépendants, atteints de la forme de diabète où, par défaut de sécrétion d'insuline par le pancréas, les patients doivent recevoir des piqûres plusieurs fois par jour. "A terme, quelque 10 % d'entre eux pourraient relever du pancréas artificiel, parce qu'ils sont mal équilibrés malgré quatre à six contrôles par jour", affirme Jacques Bringer.

Quelle opération? Une pompe à insuline a été placée sous la peau du ventre, au niveau du pancréas. Elle a la forme et les dimensions d'un palet de hockey de deux centimètres d'épaisseur sur douze de longueur. Elle comporte une pile (durée de dix ans) et un réservoir rempli d'insuline concentrée (insuline immédiatement, et non-retard). Le remplissage, comme celui de toute pompe à insuline, se fait tous les trois mois, par piqûre à travers la peau. La pompe à insuline délivre l'hormone dans la cavité péritonéale, comme toutes les pompes actuelles.

Le capteur de glucose, la partie innovante du dispositif, a été introduit dans la veine jugulaire interne (au niveau du cou) et guidé par un cathéter à deux millimètres d'épaisseur, et le capteur lui-même, un peu plus épais, mesure un centimètre et demi de long.

Un tel dispositif situé dans le "torrent circulatoire" n'est pas sans comporter un certain risque de thrombose (formation de caillots). "De 0,25 % sur six mois, il a été considéré comme acceptable", rétorque Eric Renard.

Pendant le premier mois de l'essai, le malade continue à contrôler sa glycémie par piqûres au bout du doigt. Il utilise la pompe pour s'administrer l'insuline. Pendant les mois suivants, il pourra se guider sur les données du capteur qu'il verra sur un lecteur, en temps réel. C'est seulement si la fiabilité du capteur est parfaite, ainsi que son innocuité, que commencera le véritable essai d'un prototype de pancréas artificiel. Le câble qui relie le capteur à la pompe sera mis en fonction et la pompe sera asservie aux dosages de la glycémie du capteur. Comme le pancréas adapte sa sécrétion au taux de sucre dans le sang, diraient les optimistes.

"C'est la première fois au monde qu'un tel prototype est implanté chez l'homme", affirme Eric Renard. De fait, l'implantation effectuée à Montpellier s'inscrit dans un essai qui doit être conduit chez cinquante patients, dix en France, à Montpellier, quarante dans quatre centres aux Etats-Unis. Le dispositif implantable a été mis au point par une firme américaine, Medical Research Group, filiale de la société californienne Minimed. Pour les Etats-Unis, la firme a reçu l'aval de la FDA (Food and Drug Administration, l'autorité sanitaire américaine), et "les essais outre-Atlantique doivent commencer en décembre", précise Jacques Bringer. La partie française de l'essai a été autorisée par le Comité de protection des personnes à Montpellier. Ce n'est pas la première fois que des produits de la technologie américaine font l'objet d'essais conduits en Europe, y compris en France, en raison des exigences de la FDA.

Le Figaro, mercredi 15 novembre 2000, Docteur Monique Vigy