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Des recherches
françaises viennent étayer l'hypothèse d'une construction par éléments préfabriqués
La vie grandit brique par brique. De plus en plus de chercheurs français s'intéressent ouvertement aux mystères de l'origine
de la vie. Ce qui n'était hier qu'un domaine de recherche pour doux rêveur devient un domaine de plus
en plus ouvert. Un colloque sur la vie dans l'Univers, organisé au Muséum national d'histoire naturelle
à Paris, a réuni cette semaine des scientifiques de disciplines très diverses, des géologues,
des chimistes, des astronomes et des biologistes. Malgré toutes les recherches menées sur le sujet,
une grande question reste encore sans réponse: comment la vie est-elle apparue sur Terre? Si aucun scénario
n'a encore été vérifié sur ce sujet, d'autres aspects progressent tout de même.
Une nouvelle découverte permet de mieux expliquer comment les premiers matériels génétiques
ont pu progressivement s'agrandir: grâce à des fragments d'ADN capables de sauter d'un chromosome
à l'autre dans une bactérie.
Une idée qui correspond bien aux propos présentés par Christian de Duve. Le lauréat
belge du prix Nobel de médecine en 1974 a ainsi expliqué qu'il était "très peu
probable que l'information génétique se soit enrichie par ajout de nucléotides pris un par
un, mais plutôt par combinaisons successives de fragments entiers".
Le sujet est en fait crucial pour expliquer le développement rapide et l'augmentation régulière
des formes de vie. De toute évidence, plus la forme de vie est évoluée, plus son ADN est long.
Les fragments génétiques primordiaux, sortis de la légendaire soupe primordiale, probablement
de l'ARN (acide ribonucléique), ne devaient être composés que de quelques dizaines de nucléotides
(les lettres de l'alphabet génétique). Pour arriver d'abord à des longueurs de plusieurs milliers
de bases, puis de plusieurs millions jusqu'aux 3,5 milliards de nucléotides pour le génome humain,
la nature n'aurait absolument pas eu le temps de tester toutes les combinaisons de chaînes comportant d'aussi
grands nombres de nucléotides pour ne garder finalement que les rares d'entre elles capables d'avoir une
fonction. Statistiquement, le temps nécessaire pour tester toutes les combinaisons de chaînes longues
de millions de lettres dépasse de très loin l'âge de la Terre.
L'évolution a donc dû trouver des moyens plus rapides notamment en combinant des segments efficaces
de petite taille et en ne gardant que les combinaisons intéressantes. Cette démarche permet de gagner
un temps incroyable pour arriver à des structures complexes, et surtout utiles. Elle est rendue possible
par la structure même des protéines (les principaux ouvriers de la machine vivante produits à
partir de l'information génétique). Celles-ci peuvent être décrites en plusieurs modules
accrochés les uns à la suite des autres. Christian de Duve appelle ce procédé "un
système darwinien de sélection entre les protéines".
Le Figaro, lundi 16 octobre 2000, Cyrille Vanlerberghe |