Oui à l'essai en plein air des pommes de terre transgéniques

Deux chercheurs de l'Institut de biologie végétale de l'Université de Fribourg, Jean-Pierre Métraux et Michel Schneider, ont déposé un recours administratif contre la décision du 16 avril dernier de l'Office fédéral de l'environnement, de la forêt et du paysage (OFEFP) d'interdire un essai en plein air avec des pommes de terre transgéniques.

La procédure pour obtenir une autorisation pour ce type d'expérience comporte une analyse de la demande par les Offices fédéraux de la santé publique (OFSP), de l'agriculture (OFAG), l'Office vétérinaire fédéral (OVF), la Commission fédérale des experts pour la sécurité biologique (CFSB). D'autres consultations ont été faites auprès du Service de l'environnement et de l'énergie de l'Etat de Vaud (SEVEN), de la Section de biotechnologie et flux de substances de l'OFEFP et auprès d'une experte indépendante de l'OFEFP. Toutes les instances consultées ont donné leur accord à la réalisation de cet essai. L'OFEFP qui donne l'accord définitif devrait, en principe, baser sa décision sur les avis des offices et experts consultés. Dans leur recours, les chercheurs fribourgeois demandent donc une réponse sur les fondements de cette décicion.

Rappelons que l'essai planifié était le résultat de six ans de recherches financées par le Fonds National Suisse de la Recherche Scientifique dans le cadre d'un vaste programme de Projets Prioritaires en Biotechnologie (SPP). Le projet sur la pomme de terre implique six laboratoires universitaires suisses ainsi que la Station fédérale de recherches agronomiques de Changins, au total une quinzaine de chercheurs. L'objectif est de conférer à la pomme de terre une meilleure résistance au mildiou, une maladie menant à la pourriture des feuilles, des tiges et de tubercules et qui, dans la pratique actuelle, est maintenue en échec par des traitements aux pesticides (jusqu'à huit traitements par saison). Limiter l'usage de pesticides était en partie une des motivations qui ont poussé le Fonds National à introduire un programme de recherche en biotechnologie végétale. Les essais en plein air prévus avec les pommes de terre transgéniques auraient permis de vérifier en conditions de sécurité maximales la faisabilité d'une approche qui a montré des résultats positifs lors de cultures en serre.

Contrairement à l'OFEFP, tous les offices et experts consultés ont considéré que la présence d'un gène de résistance à la kanamycine dans les pommes de terre génétiquement modifiées ne présente pas un risque supplémentaire pour l'environnement. Il faut savoir en effet que cette résistance est déjà présente naturellement dans de nombreux micro-organismes : par exemple, 5 % des bactéries trouvées dans des prélèvements de l'eau du Rhin sont résistantes à la kanamycine. Il en va de même avec des bactéries prélevées dans nos sols.

L'étude et l'amélioration des techniques de biotechnologie végétale dépendent d'expériences en plein air qui semblent maintenant être bloquées par un moratoire de fait. Les connaissances, l'expérience et l'évalutation des problèmes potentiels liés à l'utilisation de plantes transgéniques, dont les produits sont déjà sur nos marchés, dépendra alors des informations que nous ne pourrons obtenir que de l'extérieur. Cela serait bien regrettable, dans un pays qui, jusqu'à présent, veillait à garder son savoir-faire.

Opinion, Jean-Pierre Métraux et Michel Schneider, Institut de biologie végétale