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L'opposition
de Gian-Reto Plattner à l'initiative
Des chercheurs suisses réputés, comme le Prix Nobel Rolf Zinkernagel, voient dans l'initiative
une menace majeure sur la recherche et la formation en Suisse. On affirme que dans de nombreux instituts, jusqu'à
70% des travaux de recherche médicale devraient être interrompus. Que répondez-vous à
cela ?
Gian-Reto Plattner: Ma réponse est la raison principale pour laquelle je rejette l'initiative "
pour la protection génétique ". Je considère l'initiative comme totalement inefficace
dans la mesure où elle réduit une question globale aux quelques dizaines de kilomètres carrés
de notre pays. Pour moi, déplacer la recherche et la production en génie génétique
de Bâle à Huningue en France n'est tout simplement pas une solution. Ce n'est pas un hasard si je
suis membre du Conseil de l'Europe. A mon avis, les réglementations sur des questions globales n'ont de
sens que si elles concernent au moins un continent et donc des centaines de millions d'individus. L'interdiction
du clonage humain, ancrée récemment dans la convention sur la bioéthique du Conseil de l'Europe,
en est un bon exemple. Ces instruments-là sont efficaces. Cela dit, il est faux d'affirmer que le résultat
de la votation sur l'initiative " pour la protection génétique " décidera du sort
du génie génétique. Cette question ne se pose même pas. Le génie génétique
continuera à se développer à l'étranger, indépendamment de l'issue du scrutin
dans notre pays. Les conséquences d'une acceptation de l'initiative " pour la protection génétique
" ne se feront sentir qu'en Suisse.
Quelles conséquences l'initiative " pour la protection génétique " aurait-elle
sur l'emploi ?
Gian-Reto Plattner: La recherche et les emplois qui y sont liés seraient transférés à
l'étranger. Un tel départ serait lourd de conséquences pour Bâle et le Nord-Ouest de
la Suisse. L'industrie pharmaceutique irait investir à quelques centaines de mètres de la frontière
suisse. Je ne le souhaite naturellement pas. (...)
Vouloir n'est pas pouvoir. L'Europe ne réglementera pas le génie génétique dans
le sens de l'initiative " pour la protection génétique ", j'en mets ma main au feu. En
revanche, des règles semblables à la motion Gen-Lex ont déjà été décidées
ou sont en cours d'élaboration dans l'Union européenne. Il ne faut pas croire que les interdictions
visées par l'initiative sont susceptibles de rallier la majorité dans d'autres pays de l'UE. Ce serait
fermer les yeux sur la réalité en Europe et dans le monde. Cet exemple illustre une fois de plus
la schizophrénie dont est atteint notre pays : on s'imagine faire tout juste pendant que le reste du monde
fait tout faux. J'adresse ce reproche surtout aux plus farouches adversaires du génie génétique.
Il serait beaucoup plus habile de s'ouvrir à l'Europe. Cette stratégie est finalement la seule clé
d'un succès durable. Même si celui-ci est mince, son assise n'en est que plus large.
Le professeur Gian-Reto Plattner est conseiller aux Etats socialiste du demi-canton de Bâle-Ville
Texte tiré de: DIALOGUE - Initiative " pour la protection génétique " n°
5/1997
Interview réalisée par Iwan Rickenbacher, conseiller en relations publiques
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