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Des Lausannois inventent une bithérapie très efficace contre le cancer.
Une équipe lausannoise a mis au point un traitement révolutionnaire des tumeurs logées
dans les membres. Ses résultats sont publiés ce mois-ci dans la revue " Nature Medicine "
Les stratèges militaires et les spécialistes du sida l'ont compris depuis longtemps: combattre
l'ennemi sur plusieurs fronts simultanément peut s'avérer payant. Forts de cet enseignement, les
médecins du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV), à Lausanne, ont tenté de s'attaquer
aux tumeurs cancéreuses logées dans les membres. Les résultats, qui font l'objet d'une publication
dans la revue Nature Medicine du mois d'avril, sont impressionnants: un taux de rémission complète
de 80% des mélanomes malins - des cancers de la peau – et de 30% des sarcomes - des tumeurs aussi rares
que difficiles à soigner, qui envahissent le tissus conjonctif. Un tel succès n'avait encore jamais
été obtenu avec d'autres types de traitements.
La stratégies appliquée à Lausanne consiste à associer deux types de molécules
anticancéreuses. Le premier est un médicament utilisé dans le cadre des chimiothérapies
classiques, Appliqué à hautes dose, il vise les cellules tumorales et les empêche de se reproduire,
stoppant ainsi l'évolution de la tumeur. Le second produit ne s'attaque pas à la tumeur proprement
dite, mais aux vaisseaux qui l'alimentent: " A l'instar de tout tissu vivant, la tumeur exige des nutriments
et de l'oxygène, explique Ferdy Lejeune, directeur du Centre pluridisciplinaire d'oncologie du CHUV. Lui
couper les vivres, les empêcher également l'épuration des déchets qu'elle produit, c'est
la meilleure façon de l'achever. " La molécule, nommée " facteur de nécrose
tumorale " (TNF) et produite par génie génétique à l'aide de bactéries,
agit spécifiquement sur les cellules qui forment les parois des capillaires sanguins, lesquels se
désagrègent. "Le TNF ne s'attaque qu'aux cellules en pleine activité, celles qui se multiplient
à un rythme soutenu pour créer le réseau capillaire de la tumeur, ajoute le professeur. Les
vaisseaux sanguins existants ne sont donc pas touchés. "
Cocktail trop toxique Le cocktail serait idéal s'il était moins toxique. Actuellement, il ne peut en effet être
prescrit que pour le traitement de tumeurs situées dans les membres, bras, ou jambes. " Il faut
éviter que le traitement ne parvienne dans la circulation générale, explique Ferdy Lejeune.
Pour ce faire, nous branchons les artères et es veines du membre sur une machine cœur-poumon le temps de
la perfusion. La thérapie se fait en circuit fermé, sur un membre totalement isolé corps.
Elle épargne ainsi les organes vitaux du patient. "
Déjà testée depuis six ans au CHUV, la méthode a fait ses preuves: 80% des mélanomes
malins guérissent contre 50% avec les traitements classiques; dans le cas des sarcomes, le taux de réussite
est de 30% au lieu de 10%. Restait à comprendre comment le TNF agit sur les vaisseaux tumoraux, ce qui a
été réalisé par Curzio Rüegg, le chef du laboratoire d'oncologie du CHUV, signataire
de la publication qui paraît aujourd'hui dans Nature Medicine. " C'est une avancée
très importante, affirme Ferdy Lejeune. Maintenant que nous comprenons par quels mécanismes le TNF
arrive à tuer les capillaires sanguins, nous pouvons envisager le développement d'autres molécules
moins toxiques, voir même d'une thérapie génique qui attaquerait la même cible. Cela
afin de pouvoir venir à bout des tumeurs situées ailleurs que sur les membres. "
03.04.1998, Anne Crisinel - LE TEMPS
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